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Bonjour,

Après une courte pause, nous reprenons le rythme habituel de cette lettre dominicale.

La saga des négociations États-Unis - Iran est un jour sans fin. Donald Trump affirme que la signature d’un accord est prévue aujourd’hui même. La diplomatie iranienne dément. La parole des uns comme des autres est totalement démonétisée.

Alors que des pénuries physiques d’énergie et de matières premières commenceront à apparaître, d’abord ponctuellement, dans le mois qui vient, le pétrole à livraison dans 6 mois est tarifé avec une décote d’environ 17$ par rapport au cours spot. Les marchés actions continuent bien sûr de danser.

Il est rare que la Banque Centrale Européenne tire la première. C’est pourtant ce qui s’est produit cette semaine avec l’annonce d’un relèvement de 25 points de base de ses taux directeurs. Les marchés anticipent que la Federal Reserve américaine, dont la réunion se tiendra ce mercredi, maintiendra ses taux inchangés.

L’efficacité d’une hausse des taux directeurs face à un choc exogène sur les prix de l’énergie est pour le moins discutable. Alors que l’inflation sous-jacente de la zone euro – soit hors énergie et alimentation – est remontée à 2,5% sur douze mois glissants, la BCE cherche à prévenir des effets inflationnistes de second tour (boucle prix-salaires). Une telle mesure accentuera assurément l’entrée en récession de la zone euro, déjà mesurable au 1er trimestre.

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Les adjectifs manquent pour qualifier l’entrée en bourse de SpaceX. Nous nous arrêterons sur «iconique»:

  • Le récit médiatique: 2100 Md$ de capitalisation boursière à la clôture, faisant d’Elon Musk, sur papier, l’homme le plus riche au monde.

  • La réalité financière: cette introduction en bourse est intégralement dédiée à une augmentation de capital de 75 Md$. Aucun actionnaire pré-existant n’a été autorisé à vendre ses parts dans cette opération. Il n’y avait donc aucune pression vendeuse en ce premier jour de cotation.

  • La mise en garde: les actionnaires pré-existants seront progressivement libérés de leur lock-up à partir du 11 août, soit une durée d’engagement bien inférieure aux 6 mois habituels de la plupart des introductions en bourse. On note par ailleurs que SpaceX se distingue par la faiblesse de son flottant: les 75 Md$ introduits vendredi ne représentent que 4 % du capital. Une profondeur de marché réduite est propice à une forte volatilité des cours.

  • L’exubérance irrationnelle: SpaceX a enregistré en 2025 un chiffre d’affaires de 18,7 Md$ ainsi qu’une perte nette de 4,9 Md$. La déconnexion entre ses fondamentaux financiers et la valorisation sous-jacente à son introduction est patente. Cette IPO pourrait devenir l’icône par laquelle une génération d’investisseurs se souviendra de la gloutonnerie d’une époque.

Pour ceux qui voudraient approfondir le sujet, ci-dessous l’analyse d’Aswath Damodaran, professeur à NYU et référence mondiale en valorisation d’entreprises :

Global Justice Report: ce n’est pas tant un rapport qu’un roman utopique de 136 pages que publient 45 chercheurs sous la houlette de l’incontournable Thomas Piketty. Leur objectif: un PIB par habitant égalisé à 60 000 € par an partout dans le monde d’ici à la fin du siècle, en travaillant deux fois moins qu’aujourd’hui et en réduisant la trajectoire de réchauffement climatique de 55 %.

Pour y parvenir, Piketty & Co nous proposent deux mesures fiscales à l’échelle planétaire :

  • un impôt sur le patrimoine qui s’appliquerait progressivement à partir de 1,1 M€ pour atteindre 20 % par an à partir de 550 M€ (vous avez bien lu “par an”) ;

  • une surcouche d’impôt sur le revenu qui s’appliquerait progressivement à partir de 149 k€ pour atteindre 90 % à partir de 106 M€.

Ces deux dispositifs alimenteraient un fonds de redistribution dont les flux annuels représenteraient plus de 10 % du PIB mondial (soit 25 fois plus que les budgets combinés de l’ONU, du FMI et de la Banque Mondiale), chargé de faire le bien.

Selon la loi de Brandolini, la quantité d'énergie nécessaire pour réfuter des sottises est supérieure d'un ordre de grandeur à celle nécessaire pour les produire. Je resterai néanmoins concis:

  • L’utopie pikettiste implique la stagnation économique consentie des pays développés pendant 75 ans, au profit des pays émergents. Faisabilité politique nulle sauf à prêcher une dictature mondiale des faiseurs de bien, mais les auteurs, bien sûr, ne mettront pas leur sainteté en risque sur un tel terrain.

  • Ce rapport transpire une obsession égalitariste qui confine au révisionnisme. Thomas Piketty nous raconte un monde où la richesse des uns résulte mécaniquement de l’aliénation et de la misère des autres. À l’écouter, la moitié du globe vivrait moins bien aujourd’hui qu’il y a deux siècles. Un tel narratif relève du pire obscurantisme, occultant les immenses bienfaits, depuis deux siècles, du progrès technologique et du libéralisme économique pour le niveau de vie, la santé et l’éducation du plus grand nombre. Si cet âge d’or pose difficulté sur le plan environnemental, on ne lui enlèvera pas d’avoir sorti des milliards de personnes de la misère la plus abjecte.

  • La bijection égalité-prospérité est posée dès la première page du rapport telle un axiome indiscutable. Et nous parlons bien ici d’égalité de revenus ou de patrimoine, ex post, plutôt que d’égalité de droits ou d’opportunités, ex ante. Rêvant d’un monde dans lequel aucune tête ne dépasse, Piketty & Co passent à la trappe la dynamique humaine qui est le principal moteur du développement économique : l’aspiration individuelle à réussir afin d’accéder à un statut social et d’assurer un confort matériel à sa famille. En 1928, Staline impose la collectivisation de l’agriculture. Les «koulaks» (en russe, le poing) qui contestent la spoliation de leurs terres et de leur bétail sont liquidés en masse. La disparition brutale de cette volonté d’élèvement et des compétences qui l’accompagnaient se traduira par des famines causant plus de 6 millions de morts (1932-1933). Thomas Piketty occulte ainsi l’enseignement essentiel du désastre de l’utopie communiste : un monde égalitariste n’est pas un monde productif.

Sous un fragile vernis académique, le révisionnisme économique qui sous-tend ce rapport devrait le disqualifier. Mais faut-il être surpris que des économistes nourris à la mamelle publique nous présentent, avec le puissant concours des services publics d’information, l’impôt et la redistribution comme seul horizon de pensée ?

Nonobstant Donald Trump, Christine Lagarde, Elon Musk et Thomas Piketty, nous continuerons de défendre ici l’importance de commencer à épargner le plus tôt possible et d’investir avec constance. Pour mémoire, notre portefeuille-modèle de capitalisation est en hausse de 17,4 % sur douze mois glissants.

Sur le long terme, la propriété des moyens de production reste la meilleure protection contre les ravages de l’érosion monétaire. À ce titre, un ETF monde peut constituer le socle robuste, intrinséquement diversifié, d’un portefeuille financier. À moduler bien entendu selon la situation patrimoniale et l’aversion au risque de chaque investisseur.

Dans ce nouvel article, Pierre Maynial et moi vous proposons une sélection des meilleurs ETF monde, que chacun affinera en fonction de ses objectifs :

Enfin, il est impossible de conclure cette lettre sans dire un mot du meurtre ignoble de Lyhanna. Ayons la patience d’attendre la publication d’un rapport d’inspection avant d’assigner toute responsabilité. Je me permets néanmoins de premières réflexions sur la base des informations diffusées par les principaux organes de presse :

  • La diversion immédiate de la magistrature sur la question des moyens alloués au système judiciaire est indigne. La question est bien entendu légitime hors du contexte du meurtre de Lyhanna. Mais l’invoquer pour absoudre d’emblée toute responsabilité individuelle dans la dite affaire, avant même qu’un rapport d’inspection soit rendu, est, par construction, un déni de justice.

  • Quelque part dans la chaîne des agents publics chargés de notre protection, et en premier lieu de celle de nos enfants, un magistrat, face à des accusations circonstanciées de viol répété sur une enfant de 11 ans, aux séquelles confirmées par un médecin légiste, a choisi de ne pas interpeller la personne mise en cause, qui avait pourtant fait l’objet de cinq plaintes et deux signalements préalables de nature pédocriminelle, se réfugiant derrière des questions de démarcations géographiques pour se débarasser du dossier sans alerter quant à son urgence.

  • Toutes proportions gardées, le débat qui se dessine m’évoque les réflexions d’Hannah Arendt à l’occasion du procès d’Adolf Eichmann. La philosophe note la consternante banalité du mal et soutient que celui-ci procède fondamentalement de l’abdication de la pensée, encouragée par un appareil bureaucratique aliénant. Pour autant, elle conclut à la prééminence de la responsabilité individuelle : chacun reste personnellement comptable de sa participation à l’abomination collective.

Et pour conclure, ne manquez pas la chronique hebdomadaire des marchés actions de Séverine Piot-Deval :

En vous souhaitant une bonne semaine.

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