Bonjour,
Depuis dimanche dernier, le conflit dans le Golfe Persique s’est intensifié, avec des frappes aériennes massives des États-Unis et d’Israël contre l’Iran. Selon les sources militaires américaines et israéliennes (4 mars), 86 % des capacités de lancement de missiles balistiques iraniennes, 73 % de ses drones et plus de 30 navires auraient été détruits. Avec jusqu’à 3 000 sorties aériennes par jour, l’intensité de l’engagement est la plus forte de l’ère moderne, supérieure d’environ 50 % à celle de la première guerre du Golfe (1991).
Les ripostes iraniennes sur les pays voisins n’ont pas engendré de dégâts majeurs et deviennent, au fil des jours, de plus en plus sporadiques. Néanmoins, trois navires de commerce ont été pris pour cibles dans le détroit d’Ormuz depuis le début du conflit. Les Gardiens de la révolution y mènent une stratégie de harcèlement au moyen de vedettes rapides, de drones et de mines dérivantes, paralysant désormais le trafic maritime.
Ce passage d’à peine 40 km de large – soit l’équivalent de la Manche entre Calais et Douvres – voit transiter chaque année environ 25 % de la consommation mondiale d’hydrocarbures, essentiellement à destination de l’Asie (Chine, Inde, Japon, Corée du Sud). Les marchés ont réagi : le pétrole brut et le gaz naturel ont bondi respectivement de 40 % et 14 % depuis le début des hostilités.
Sur le plan stratégique, la situation est paradoxale : en bloquant le détroit, l’Iran pénalise avant tout ses propres clients asiatiques, et, en boomerang, des flux financiers vitaux pour son propre régime. À l’inverse, les États-Unis, disposant des moyens aéronavals qui permettraient de sécuriser le trafic maritime, sont protégés des conséquences économiques directes de cette paralysie par leur autonomie énergétique. Dans un tel contexte, on imagine la nature des échanges diplomatiques entre les pétro-monarchies, leurs clients asiatiques et les belligérants directs.
Dans cette partie d’échecs, Donald Trump voudra néanmoins éviter le signal désastreux qu’enverrait une prise en mains de la sécurisation du trafic par la marine chinoise, alors que Pékin dépend de cette route maritime pour 40% de ses importations de pétrole. Des sources américaines (Fox News et CBS) font état du repositionnement d’un troisième porte-avions (USS George H.W. Bush) qui pourrait arriver sur zone d’ici une dizaine de jours.
Du fait de sa propre dépendance énergétique, l’Europe est également touchée par la flambée des cours. En France, cette situation, si elle devait perdurer, serait artificiellement aggravée par les mécanismes de fixation du tarif réglementé de l’électricité – d’une stupidité crasse – indexés sur les coûts de production marginaux européens (et donc celui du gaz, qui n’entre poutant qu’à hauteur de 6% dans le mix électrique français). N’ayant rien fait pour corriger cette absurdité depuis son apparition au grand jour à l’occasion du conflit en Ukraine, nous pourrions revivre un nouvel épisode d’enrichissement sans cause de faux énergéticiens au détriment des consommateurs et de l’économie française au sens large.
Dans ce contexte tendu, le VIX – indicateur de volatilité du S&P 500 – a doublé depuis le début de l’année pour clôturer la semaine à 29, un niveau qui reste très inférieur à ceux enregistrés lors de l’annonce, l’an dernier, des droits de douane par Donald Trump (52), de la pandémie de Covid (83) ou de la crise de 2008 (81).
Nous tablons sur une sécurisation rapide du détroit d’Ormuz et maintenons l’allocation de notre portefeuille de capitalisation inchangée, celui-ci ayant jusqu’à maintenant bien absorbé le choc, avec une performance cumulée de +4,9% depuis le début de l’année et toujours +13,9% sur une année glissante.
Les nuages s’accumulent sur le marché des fonds de dette privée (private credit). Après Blue Owl il y a quelques semaines, c’était vendredi au tour de BlackRock d’annoncer la limitation des retraits sur l’un de ces fonds. Ces situations mettent en lumière l’illusion de liquidité entretenue par des véhicules investissant dans des actifs fondamentalement illiquides, tout en offrant aux investisseurs la possibilité théorique de retraits anticipés — sans bénéficier, contrairement aux banques, des dispositifs de soutien en liquidité d’urgence des banques centrales. En France, de nombreuses SCPI se trouvent en difficulté suite à des tours de prestidigitation similaires. Il semble temps que les régulateurs encadrent ces pratiques d’« illusionnisme de liquidité ».
Pour autant, comme nous vous l’indiquions dès les premières tensions en août dernier, la surchauffe du marché de la dette privée ne présente pas de potentiel de risque systémique (contagion au système bancaire) comparable à celui de la crise des crédits subprime de 2008. L’embarras devrait rester circonscrit aux gérants d’actifs concernés ainsi qu’à leurs investisseurs (pour l’essentiel institutionnels et family offices).
Après le carton réalisé par notre épisode consacré à la loi de finances 2026 (187.000 vues YouTube à date), je retrouve le micro de Matthieu Louvet pour dresser un panorama du marché immobilier, plus nuancé que ne le laisse penser la vignette ci-dessous :
Dans les prochaines semaines, j’animerai une série de webinaires approfondis consacrés à l’investissement immobilier. Si le sujet vous intéresse, je vous invite à remplir ce sondage afin d’adapter les formats à vos attentes : https://www.moneysmart.fr/forms/9da99597-ea4d-4881-8f3a-8b5f077828d4.
Enfin, je vous invite à retrouver la synthèse de la semaine des marchés actions par Séverine Piot-Deval :
En vous souhaitant un excellent dimanche.





