Il y a un tout juste un mois, nous vous proposions un portefeuille de capitalisation composé de 4 ETF, conçu pour faire fructifier un capital affranchi de contraintes de liquidité ou de volatilité pendant au moins 10 ans. Après 5 semaines, notre portefeuille modèle s’est d’ores et déjà apprécié de 3 %.

Nous déclinons aujourd’hui cet exercice en vue de composer un portefeuille de rendement. Nous dessinerons à grands traits une allocation générale d’actifs pertinente au regard du contexte macro-économique et, pour chacune des classes d’actifs retenues, suggérerons un support adapté. Ceux-ci sont choisis pour leur facilité d’accès et leur compétitivité en termes de frais. Au sein d’enveloppes offrant une palette de supports limitée, ils pourront bien entendu être remplacés par d’autres fonds aux caractéristiques proches.

L’objectif de rendement

Nous nous plaçons ici dans le cadre d’un portefeuille dont le principal objectif sera de dégager des revenus réguliers, sans sensibilité à la volatilité de court-moyen terme de la valeur affichée du portefeuille mais avec un objectif secondaire de préservation du capital à long terme (10 ans ou plus).

Une telle gestion est adaptée aux personnes qui souhaitent, à partir d’un capital de départ, se constituer des compléments de revenus durables. Retraite, divorce, héritage, perte d’emploi : les circonstances de vie pouvant motiver cette approche sont nombreuses.

Bien entendu, en fonction des circonstances personnelles et du capital disponible, cette stratégie pourra, le cas échéant, être panachée avec celle de la capitalisation.

Le Plan d’Épargne en Actions (PEA) et l’assurance-vie permettent-ils d’héberger un portefeuille de rendement ?

Ces deux enveloppes ouvrent droit aux retraits partiels dans un cadre fiscal allégé - bénéfique à l’objectif de rendement - après respectivement 5 et 8 ans.

Dans le cas de l’assurance-vie, les retraits partiels sont possibles avant 8 ans mais soumis, de plein droit, à la flat tax (30% à l’heure à où nous écrivons ces lignes). Sauf circonstances exceptionnelles, on considèrera qu’il est dommage de payer les frais de gestion d’une enveloppe d’assurance-vie sans bénéficier de ses avantages fiscaux.

Dans le cas du PEA, tout retrait partiel avant 5 ans sera non seulement soumis à la flat tax mais entraînera la clôture du plan.

Nos postulats économiques

Fidèle à nos habitudes, nous souhaitons expliciter les anticipations économiques sur lesquelles se fonde la construction de notre portefeuille modèle :

  1. Le différentiel de croissance économique et de dynamique démographique - le second renforçant le premier - entre les deux zones se poursuivra sur l’horizon anticipable, entraînant vraisemblablement une poursuite de la lente dévalorisation de l’euro.

  2. Aux États-Unis comme en Europe, nous avons vraisemblablement passé le point haut du cycle de taux, une situation qui devrait être porteuse pour le marché obligataire et l’immobilier.

  3. Le différentiel structurel de taux d’intérêts entre les États-Unis (taux plus élevés) et l’Europe (taux plus faibles) est appelé à se maintenir, voire s’amplifier.

  4. Le niveau encore élevé des taux invite à une approche prudente du risque de crédit que présentent les sociétés et les États les plus endettés.

Allocation macro

Dans un tel environnement, nous proposons l’allocation générale suivante :

  • 35 % actions pays développés à forts dividendes

  • 35 % immobilier pays développés

  • 30 % obligataire USD investment grade

Actions pays développés à forts dividendes (35 %)

Bien qu’elle induise une certaine volatilité des revenus générés, une exposition aux actions permettra d’assurer la progression de ces revenus dans le temps et nous lui donnons par conséquent une place importante dans le portefeuille.

Afin d’optimiser les possibilités d’utilisation d’enveloppes fiscales, nous proposons de scinder cette poche actions entre deux ETF, l’un éligible au PEA, l’autre pas.

Pour l’éligibilité au PEA, nous retenons l’ETF Invesco Euro Stoxx High Dividend Low Volatility (ISIN : IE00BZ4BMM98), dont le rendement en dividendes se monte à 5,52 % sur douze mois, distribué sur base trimestrielle. Sa composition géographique au sein de la zone euro est très équilibrée. En termes de secteurs, la part belle est donnée au secteur financier et aux utilities (infrastructures, services environnementaux, télécom), sans qu’aucune valeur individuelle ne dépasse 3 % du portefeuille.

Pour compléter cette poche actions, nous proposons l’ETF VanEck Morningstar Developed Markets Dividend Leaders (ISIN : NL0011683594), dont le rendement en dividendes s’élève à 4,01 % sur douze mois, distribué sur base trimestrielle. Il permet d’élargir l’assiette géographique de notre portefeuille aux États-Unis, à la Grande-Bretagne, au Canada, à la Suisse et à Singapour, pour environ 60 % de sa composition. Sur le plan sectoriel, on y retrouve les services financiers en bonne place, mais également les secteurs de la santé et de l’énergie. Ce fonds est un peu plus concentré que le premier, certaines valeurs individuelles atteignant le seuil de 5 % du portefeuille.

Immobilier pays développés (35 %)

La régularité métronomique des rendements locatifs fait de l’immobilier une classe d’actifs incontournable pour un portefeuille de rendement. En outre, la correction intervenue ces trois dernières années et le fait que nous avons vraisemblablement passé le point haut du cycle de taux offrent un point d’entrée intéressant.

Nous proposons deux foncières cotées comme support d’investissement, estimant qu’elles sont suffisamment diversifiées pour ne pas nécessiter le recours à des ETF.

Nous commencerons par Realty Income (ISIN : US7561091049), un REIT américain - structure exonérée d’impôt sur les sociétés, à l’image d’une Société d’Investissement Immobilier Cotée (SIIC) française - détenant plus de 15.000 actifs immobiliers aux États-Unis (85 %) et en Europe (15 %). Son portefeuille est composé à 79 % de locaux commerciaux mono-locataires. À titre d’illustration, la société a fait l’acquisition récente des murs de 82 magasins Décathlon dans le cadre d’une opération de cession-bail (sale and lease-back). Le reste du portefeuille est composé de data centers et autres actifs d’immobilier industriel. Le taux d’occupation est stratosphérique, à 98,7 %, et, en 55 ans d’existence, n’est jamais tombé sous 96 %. Le ratio d’endettement (Loan To Value) est conservateur à 35 %. Sur son cours actuel, la société offre un rendement en dividendes de 5,83 % annualisé, servi sur une base mensuelle. De façon tout à fait remarquable, ce dividende a été rehaussé chaque trimestre, sans interruption, depuis sa première cotation en 1994, pour une croissance moyenne de 4,2 % par an !

Afin de ne pas surexposer notre portefeuille modèle à l’économie américaine, nous suggérons de compléter cette poche immobilière par une SIIC française : Covivio (ISIN : FR0000064578). Son portefeuille d’actifs est l’un des mieux diversifiés en Europe, composé à 50 % de bureaux de centre-ville en France, en Allemagne et en Italie, à 30 % de logements en Allemagne et à 20 % de murs d’hôtels partout en Europe. Le taux d’occupation est l’un des meilleurs du secteur à 97,3 %, orienté à la hausse. Le ratio d’endettement est raisonnable à 40 %. Le cours actuel offre une décote de 36 % sur l’actif net réévalué (valeur expertisée du portefeuille net de dette) et un rendement en dividendes de 6,61 % servi annuellement.

Quelle place pour les SCPI ?

Nous n’incluons pas de SCPI dans notre portefeuille modèle. Dans l’environnement actuel, les foncières cotées nous semblent offrir des rendements comparables sans frais d’entrée et sans contraintes de liquidité. L’utilisation de SCPI finement sélectionnées peut néanmoins se justifier dans le cadre d’opérations structurées (levier bancaire, démembrement) sur des durées longues.

Deux différences fiscales sont à noter :

- contrairement aux SIIC, les revenus servis par les SCPI peuvent bénéficier du régime du micro-foncier (abattement d’impôt sur le revenu de 30 % si les revenus fonciers ne dépassent pas 15.000 € dans l’année)

- contrairement aux SIIC, les capitaux placés en SCPI entrent dans l’assiette de l’Impôt sur la Fortune Immobilière.

Quelle place pour l’investissement locatif direct ?

Nous considèrons, à regret, que l’environnement fiscal et réglementaire français actuel n’est pas propice à l’investissement en logement locatif : obligations de rénovation énergétiques, plafonnements de loyers, taxes foncières et autres charges permettent rarement d’atteindre un rendement net pouvant rivaliser avec celui des SIIC.

Obligataire USD investment grade (30 %)

Comme l’immobilier, les actifs obligataires ont un caractère d’évidence dans la composition d’un portefeuille de rendement.

Dans le choix d’un support, nous privilégions :

  • la zone dollar pour ses taux plus élevés et la protection contre le scénario de dépréciation de l’euro

  • un fonds centré sur les entreprises dites investment grade (notation au moins égale à BBB) afin de limiter le risque de crédit

  • un fonds offrant une duration élevée afin de capter le bénéfice des taux actuellement élevés sur période longue.

Peu d’ETF distribués en Europe remplissent un tel cahier des charges. C’est toutefois le cas de Vanguard USD Corporate Bond (ISIN : IE00BZ163K21) qui offre actuellement un rendement de 4,92 % servi sur base mensuelle ainsi qu’une extrème diversification en termes de signatures. Pour ne rien gâcher, ses frais de gestion sont parmi les plus bas du marché à seulement 0,09 %.

Conclusion

Nous parvenons ainsi au portefeuille modèle suivant :

Classe d’actifs

Allocation

Proposition de support

Code ISIN

Actions zone euro à forts dividendes

20 %

Invesco Euro Stoxx High Dividend Low Volatility

IE00BZ4BMM98

Actions pays développés à forts dividendes

15 %

VanEck Morningstar Developed Markets Dividend Leaders

NL0011683594

Immobilier pays développés

20 %

Realty Income

US7561091049

Immobilier zone euro

15 %

Covivio

FR0000064578

Obligataire USD investment grade

30 %

Vanguard USD Corporate Bond

IE00BZ163K21

Aux prix d’entrée actuels, le rendement moyen du portefeuille sur les douze derniers mois est de 4,68 %.

Le suivi régulier de la performance de ce portefeuille ainsi que les conseils d’ajustement de l’allocation au fil du temps sont disponibles ici.

Cet article représente l’opinion de l’auteur et ne constitue en aucun cas une recommandation personnalisée au sens de l’Autorité des Marchés Financiers.

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