La fin d’année est une période propice à la prise de recul quant à l’allocation de son patrimoine financier. L’objet de cet article est de dessiner à grands traits une allocation générale d’actifs pertinente au regard du contexte macro-économique et, pour chacune des classes d’actifs retenues, suggérer un support adapté. Ceux-ci ont été choisis pour leur simplicité et leur compétitivité en termes de frais. Au sein d’enveloppes offrant une palette de supports limitée telles qu’une assurance-vie, ils pourront bien entendu être remplacés par d’autres fonds aux caractéristiques proches.
L’objectif de capitalisation
Nous nous plaçons ici dans le cadre d’un pur portefeuille de capitalisation, dont l’unique objectif serait la valorisation à long terme (10 ans ou plus), affranchie de toute contrainte sur la volatilité ou la liquidité de court-moyen terme.
La gestion d’un tel portefeuille pré-suppose qu’une épargne de précaution répondant à une toute autre logique ait préalablement été constituée. Ce portefeuille n’est pas non plus approprié pour des épargnants dont l’objectif serait de constituer des revenus complémentaires réguliers : nous consacrerons prochainement un autre article à la constitution d’un portefeuille de rendement.
Nos postulats économiques
Il nous semble important, dans une telle démarche, d’expliciter les anticipations sur lesquelles se fonde la construction de ce portefeuille. À défaut d’articuler avec précision chacune de ces anticipations, nous nous contentons ici de lister ces “postulats” :
La France est condamnée à une paralysie de l’action politique jusqu’à l’élection présidentielle de 2027. En l’absence de réformes structurelles, le déficit public restera très élevé et la capacité d'influence de la France sur les politiques de l’Union Européenne (UE) continuera par conséquent à s’éroder.
Le déclassement économique de l’UE, relativement au reste du monde, se poursuivra. Parmi les principaux facteurs en cause : l’absence de stratégie énergétique, le sous-investissement en technologie et en R&D, la surenchère normative destructrice de compétitivité, les démographies en berne…
Conséquence des deux premiers points : l’euro continuera de se déprécier vis-à-vis du dollar et des principales devises mondiales (yuan, yen, franc suisse, livre sterling).
Non-obstant leur caractère transformant pour le reste de l’économie, les valeurs technologiques nous semblent désormais dans une bulle de survalorisation boursière. Il n’est pas financièrement rationnel d’acheter une action Nvidia à 53x le résultat net des 12 derniers mois (ou 42x pour Apple, 36x pour Microsoft). Au demeurant, les modèles actuels d’intelligence artificiels (LLMs) semblent atteindre un plateau de pertinence intrinséquement lié à leurs principes de fonctionnement. Nous anticipons une correction de ces valorisations dans les deux à trois années qui viennent, à l’image de celle intervenue en 2000-2001 sur les valeurs de la “nouvelle économie”.
Allocation macro
Dans un tel environnement, nous proposons l’allocation générale suivante :
60 % actions monde
10 % actions pays émergents
10 % monétaire
20 % or
Actions monde (60 %)
Tout portefeuille de capitalisation doit selon nous rester centré sur une stratégie actions permettant de battre l’inflation sur un horizon de long terme. La volatilité et le risque de moins-values qui en découle à court-moyen terme ne doivent pas entrer en considération dans le cadre d’un tel portefeuille. Âmes sensibles s’abstenir.
Dans la construction de cette poche actions, nous veillerons à maximiser la diversification géographique et à ne pas sur-pondérer les valeurs technologiques.
L’ETF Invesco MSCI World Equal Weight (ISIN : IE000OEF25S1) remplit à merveille ces objectifs. Sa gestion equipondérée, en particulier, permet de limiter le poids des 6 grandes valeurs technologiques américaines (Apple, Nvidia, Microsoft, Alphabet, Amazon et Meta), qui pèsent ainsi moins de 1 % du portefeuille contre 23 % dans l’indice MSCI World. Pour ne rien gâcher, les frais de gestion de cet ETF sont ultra-compétitifs (0,20 %).
Ce fonds n’est malheureusement pas éligible au PEA. Faute de mieux, on pourra se tourner vers un ETF MSCI World classique tel qu’Amundi IS MSCI World (ISIN : LU1681043599) en gardant à l’esprit qu’il induit une sensibilité plus importante aux grandes valeurs technologiques.
Actions pays émergents (10 %)
Contrairement à ce que son nom pourrait laisser croire, l’indice MSCI World ne couvre pas les valeurs des pays dits émergents. De grands pays tels la Chine, l’Inde ou encore le Brésil n’y sont pas représentés.
Afin de combler cette lacune et d’améliorer la diversification géographique de notre portefeuille, nous proposons de compléter la poche actions par un ETF répliquant l’indice MSCI Emerging Markets : HSBC Pl MSCI Emerging Markets (ISIN : IE000KCS7J59) remplira cette fonction tout en présentant l’avantage de l’éligibilité au PEA.
Monétaire (10 %)
Compte tenu des niveaux de valorisation actuellement élevés des marchés actions, nous conserverons un volant de liquidité de 10 % dont la vocation sera d’être redéployé de façon plus dynamique en cas de correction des marchés. En phase avec notre postulat de dépréciation progressive de l’euro, nous opterons pour un support géré en dollars tel que Lyxor Smart Overnight Return (ISIN : LU1248511575).
Dans le cadre d’un PEA, un fonds tel que LBPAM 3 mois R (ISIN : FR0010671420) peut remplir la même fonction.
Or (20 %)
Comme nous l’expliquions dans un précédent article, l’or constitue l’ultime protection contre les phénomènes d’érosion monétaire qui, depuis la fin du système de Bretton Woods en 1971, tournent à plein régime. Il constitue une grande partie des réserves des principales banques centrales et, à ce titre, reste à nos yeux un réservoir de valeur plus sûr que les crypto-actifs. Cette dernière allocation vise ainsi à conférer un caractère anti-fragile à ce portefeuille principalement composé d’actions.
De nombreux ETF/ETC permettent de construire une telle position en toute sécurité. Nous retiendrons par exemple Boerse.de Gold ETC (ISIN DE000TMG0LD6). Malheureusement, il n’existe pas à ce jour de fonds de ce type remplissant les critères d’éligibilité au PEA.
Et l’immobilier ?
Nous ne proposons pas d’exposition à l’immobilier dans le cadre de ce portefeuille de capitalisation. La plupart de nos lecteurs auront déjà une exposition “naturelle” significative au travers de la détention de leur résidence principale. Quant à l’immobilier locatif et aux produits de pierre papier, leurs caractéristiques nous paraissent plus adaptées à un portefeuille de rendement que de capitalisation.
Conclusion
Nous parvenons ainsi au portefeuille modèle suivant :
Classe d’actifs | Allocation | Proposition de support | Code ISIN |
|---|---|---|---|
Actions monde | 60 % | Invesco MSCI World Equal Weight | IE000OEF25S1 |
Actions pays émergents | 10 % | HSBC Pl MSCI Emerging Markets | IE000KCS7J59 |
Monétaire | 10 % | Lyxor Smart Overnight Return | LU1248511575 |
Or | 20 % | Boerse.de Gold | DE000TMG0LD6 |
Rappelons enfin qu’un portefeuille de capitalisation se constitue dans le temps, de façon à lisser les points d’entrée sur les marchés. Une pratique recommandée par de nombreux professionnels est l’investissement périodique à somme constante (dollar cost averaging), consistant à investir chaque mois une somme pré-établie. La répartition de notre portefeuille sur seulement quatre titres se prête facilement à une telle approche.
Le suivi régulier de la performance de ce portefeuille est disponible ici. Avec l’abonnement MoneySmart Prime, vous recevrez également des alertes en temps réel à chaque évolution de la composition du portefeuille modèle.
Cet article représente l’opinion de l’auteur et ne constitue en aucun cas une recommandation personnalisée au sens de l’Autorité des Marchés Financiers.

