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Bonjour,

Dans le naufrage qui est celui de nos finances publiques, Amélie de Montchalin surnage. Nommée ministre déléguée aux Comptes publics par François Bayrou en décembre 2024, elle a apporté une technicité et une droiture bienvenue à ce poste. Elle s’est notamment distinguée par son insistance à démêler les artifices comptables construits au fil du temps par ses prédécesseurs afin d’offrir une présentation sincère des déficits engendrés par les régimes de retraite. Dans l’exercice de communication qui entoure depuis une quinzaine de jours ce budget 2026 fait de mauvais compromis, elle est restée factuelle et pondérée. Roland Lescure et Sébastien Lecornu, eux, ont allègrement franchi la ligne de la désinformation en cherchant à nous vendre un déficit de 5% du PIB comme un redressement des finances publiques.

Amélie de Montchalin est assurément qualifiée pour présider la Cour des comptes, et mérite toutes les félicitations pour être la première femme à accéder à ce poste depuis la création de cette institution par Napoléon.

Pourtant, sa nomination pose problème à double titre :

  • Dès son arrivée, elle aura la charge de certifier des comptes publics 2025 dont elle a elle-même supervisé l’élaboration en tant que ministre. Une situation qui serait proprement inconcevable pour la certification des comptes d’une simple entreprise.

  • S’agissant d’un mandat sans durée déterminée, qui plus est irrévocable, Amélie de Montchalin, âgée de 40 ans, pourra si elle le souhaite rester en poste jusqu’à atteindre la limite d’âge de 68 ans des magistrats financiers, en 2054. Avant elle, le plus “jeune” président nommé avait été Didier Migaud, alors âgé de 58 ans.

Faire si peu de cas de l’esprit des institutions les affaiblit.

Pour celui qui cherche à comprendre ce que contient la loi de finances 2026, internet est semé d’embûches. Les contenus gratuits que l’on y trouve sont dans leur immense majorité faux ou périmés, nourris d’IA qui n’ont pas compris qu’un grand nombre d’amendements votés par l’Assemblée nationale ou le Sénat en fin d’année n’ont pas été repris dans le texte définitif passé par 49.3. À la demande de mon ami Matthieu Louvet, j’ai par conséquent réalisé une vidéo synthétique (13 minutes) pour démêler le vrai du faux. Et contrairement à ce que laissent penser les mines renfrognées de cette vignette, je tente même de le faire avec humour !

Vendredi, le gouvernement publiait le décret de Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE), troisième du nom (2025-2035). Quelques réactions en mode télégraphique :

  • Alors que la précédente PPE, promulguée en 2020, prévoyait la fermeture sans remplacement de 14 centrales nucléaires d’ici 2035, ce nouveau texte fait marche arrière toute : les centrales existantes seront maintenues en condition opérationnelle et la construction de 6 à 14 nouvelles centrales EPR 2 sera lancée pour entrée en service progressive entre 2035 et 2040. Saluons ce retour à la raison tout en soulignant que ces virages à 180 degrés posent d’immenses difficultés pour les filières industrielles concernées.

  • La production d’électricité non-pilotable (photovoltaïque et éolien) sera presque doublée d’ici à 2030, contre l’avis de nombreux experts (Henri Proglio, André Merlin, Jean-Marc Jancovici) qui soulignent les risques et les coûts d’adaption colossaux que ces modes de production font porter sur le réseau. Poursuivons gaiement dans cette stratégie qui a contribué au doublement du prix de l’électricité depuis 2010 sans aucun bénéfice écologique, compte tenu de la décarbonation de notre production électrique qui la prédate.

  • La part des énergies fossiles (pour l’essentiel hors électricité) sera ramenée de 60% en 2023 à 40% en 2030 grâce au développement des réseaux de chaleur renouvelable et à une anticipation de baisse de 18% de la consommation globale. Cette trajectoire semble relever de l’incantation, passant totalement sous silence l’échec relatif de l’électrification des usages actuellement observé (aggravé par l’incohérence des politiques publiques, notamment en matière de logement).

  • Enfin, sur le plan démocratique, on s’étonnera que ces PPE, qui engagent le principe d’investissements se chiffrant en centaines de milliards d’euros ne soient pas soumises au vote de l’Assemblée nationale et du Sénat, contrairement aux lois de programmation militaire. Cette question est d’autant plus sensible dans un contexte de légitimité érodée du gouvernement. Là encore, jouer avec l’esprit de la constitution la fragilise.

L’affaire Epstein est une bombe à fragmentation. Parmi les retombées de la semaine :

  • À Londres, Keir Starmer en très grande difficulté pour avoir, en décembre 2024, nommé Peter Mandelson ambassadeur aux États-Unis, ex ministre de Tony Blair et Gordon Brown, bien qu’ayant eu connaissance de ses liens avec Epstein, maintenant révélés au grand jour. Mon pronostic : Starmer out.

  • À Paris, un diplomate français mis en cause. Après un signalement du FBI datant de 2013, il avait été discrètement exfiltré sans aucune suite judiciaire. Emmanuel Macron et Jean-Noël Barrot “exigent des clarifications”. Mon pronostic : pan sur les doigts et passons vite à autre chose. C’est à cela aussi que l’on mesure la maturité d’un régime démocratique…

  • À Washington, un très mauvais moment pour Pam Bondi, US Attorney General /Garde des Sceaux, auditionnée par le Congrès, qui peine à expliquer pourquoi la découverte d’un réseau pédo-criminel d’une telle ampleur (plus de mille victimes selon un mémo de ses propres services) n’a donné lieu à aucune poursuite de « consommateurs », au-delà des trois personnes incriminées au titre de son organisation (Jeffrey Epstein, Ghislaine Maxwell et Jean-Luc Brunel) ?

Un Me too puissance 10 – y compris, possiblement, dans ses excès – dont les éclaboussures seront nécessairement “transpartisanes”. Nous n’en sommes qu’au tout début. Watch this space.

Les marchés continuent d’être chahutés. Nos deux portefeuilles modèles ont poursuivi leur bonhomme de chemin, progressant de 5,5% (capitalisation) et 4,1% (rendement) depuis le début de l’année. Pour mémoire, ces portefeuilles sont une représentation d’une allocation type permettant respectivement de faire fructifier un capital à long terme (14,2% de TRI annuel depuis la création du portefeuille de capitalisation) ou d’en tirer un revenu récurrent le plus stable possible (5,4% de rendement annuel servi pour le portefeuille de rendement, en sus d’une appréciation du capital de 8,7%).

Ces portefeuilles, composés de quelques ETF (et foncières cotées dans le cas du portefeuille de rendement) sont très facilement réplicables, à moindres frais, dans un simple compte-titres voire un Plan d’Épargne en Action, une assurance-vie en unités de compte ou un Plan d’Épargne Retraite (selon les supports accessibles dans le cadre de ces enveloppes). Chacun pourra bien entendu adapter ces portefeuilles modèles à ses objectifs personnels et à son degré d’aversion au risque.

Dans un environnement de débasement monétaire généralisé, l’essentiel est de bien mettre votre capital au travail !

Et pour y voir clair sur les marchés, comme chaque dimanche, la chronique de Séverine Piot-Deval :

En vous souhaitant une bonne semaine.