Bonjour,
Les signes de vulnérabilité continuent de s’accumuler sur les marchés financiers. La bourse de Séoul a dû être suspendue à deux reprises et son principal indice, le Kospi, dans lequel les deux producteurs de semi-conducteurs Samsung Electronics et SK Hynix pèsent pour plus de 50 %, termine la semaine en baisse de plus de 6 %. Aux États-Unis, l’action SpaceX a perdu 24 % depuis le point haut atteint dans les jours suivant son introduction en bourse. Selon plusieurs articles, les banques-conseils d’OpenAI recommanderaient désormais à Sam Altman de repousser son projet d’introduction en bourse à 2027.
Ajoutons à cela un contexte géopolitique toujours très incertain – les hostilités ont repris hier dans le golfe Persique, les États-Unis et l’Iran s’accusant mutuellement d’avoir rompu le cessez-le-feu – et les conditions semblent mûres pour une période de correction ou à tout le moins de volatilité accrue des marchés actions. Nous avons proposé vendredi des réajustements défensifs au sein de notre portefeuille de capitalisation, qui reste globalement en hausse de 18,3 % sur douze mois glissants.
Mardi, la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen a donné son feu vert au projet d’euro numérique de la Banque centrale européenne. Ce projet, en gestation depuis déjà six ans, est présenté au grand public comme un élément de souveraineté vital face à l’hégémonie d’entreprises américaines telles que Visa et Mastercard. Cet argument de façade fait fi d’une réalité technique connue de tous les professionnels du secteur :
La grande majorité des paiements par carte effectués en France s’appuie sur l’architecture technique du Groupement des Cartes Bancaires, groupement d’intérêt économique contrôlé par les banques françaises elles-mêmes.
Les paiements effectués par virements ou prélèvements, domestiques ou intra-européens, reposent depuis 2014 sur l’architecture SEPA, sur laquelle l’Europe a entière souveraineté.
Les flux interbancaires s’appuient sur le système international de messagerie SWIFT, gouverné par ses membres de façon collective sous supervision de la Banque nationale de Belgique.
Enfin, les règlements en monnaie de banque centrale sont opérés directement sur les infrastructures de la BCE (système T2).
En lui-même, ce projet au coût pharaonique (7 Md€ selon la BCE, 18 Md€ selon les fédérations bancaires) ne résout aucune dépendance vitale à des architectures de paiement sous contrôle américain. Nos vraies vulnérabilités sont ailleurs : systèmes d’exploitation, cloud, intelligence artificielle. Bien au-delà du système bancaire, celles-ci touchent l’ensemble des secteurs économiques, et ne se règleront pas à coup de monnaie digitale de banque centrale.
« 1975-2025 : 50 décisions qui ont coulé la France », c’est le titre, certes un peu racoleur, d’un rapport néanmoins passionnant publié cette semaine par l’Institut Thomas More. Si l’Institut se revendique ouvertement « libéral-conservateur », le triste palmarès qu’il établit frappe pourtant par son caractère transpartisan. Sur cinquante ans, de Valéry Giscard d’Estaing à Emmanuel Macron, les erreurs stratégiques s’enchaînent à un rythme soutenu, sans discontinuer. L’exercice permet aussi de réaliser que même les décisions les plus idéologiques ne sont pas corrigées par l’alternance politique (ou seulement trop timidement/tardivement) : retraite à 60 ans, 35 heures, non-sélectivité du baccalauréat…
Bien plus qu’une liste à la Prévert, le rapport dessine des failles structurelles dans la pensée politique de notre époque, parmi lesquelles, en particulier :
la vision naïve d’une mondialisation nécessairement vertueuse ;
le refus de résoudre des incompatibilités patentes entre engagements européens et choix de politique intérieure (35 heures, fiscalité…) ;
l’extension continue et inefficace des domaines d’intervention de l’État.
Il est impossible de rendre pleinement justice à un tel travail en seulement quelques lignes et je vous recommande la lecture du rapport complet :
Enfin, Séverine Piot-Deval vous dira tout de l’actualité agitée des marchés actions :
En vous souhaitant un excellent dimanche.





