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Bonjour,

C’est un budget en papier mâché que Sébastien Lecornu a présenté jeudi en Conseil des ministres. Ce que nous en retenons :

  • La cible de déficit pour 2026, initialement de 5 % du PIB, est maintenant réajustée à 5,4 %. La faute à Ormuz et à un été trop chaud, nous dit-on.

  • Le dossier de presse prend ensuite une tournure orwellienne : « L’effort de redressement sera poursuivi en 2027 : le déficit public atteindrait −5,0 % du PIB en 2027, en amélioration de +0,4 point de PIB par rapport à 2026. » Le gras n’est pas de moi. Quand une cinquième année consécutive de déficit supérieur ou égal à 5 % du PIB devient un motif de fierté. On se frotte les yeux.

  • Comme je l’entrevoyais ici il y a 15 jours, les 54 Md€ d’économies dont le Premier ministre a fait le cœur de sa communication sont totalement factices, se référant à un scénario dans lequel la dépense publique serait vouée à toujours coller à une croissance de PIB elle-même teintée de rose. Pour ceux qui, comme moi, préfèrent s’en tenir aux principes élémentaires de l’arithmétique, la dépense publique, en hausse de 34 Md€ en 2026, augmentera encore de 28 Md€ l’an prochain, au même rythme que celui projeté pour l’inflation. Imagine-t-on un dirigeant d’entreprise se foutre ainsi de ses actionnaires en assemblée générale ?

  • Ce qui nous est présenté comme une cure d’amaigrissement drastique se soldera par 6 800 postes de fonctionnaires supplémentaires, qui s’ajouteront aux 680 000 postes créés de fin 2016 à fin 2024 (la fonction publique n’ayant pas encore fini de se compter elle-même depuis cette date).

  • 147 pages de dossier de presse ne permettent apparemment pas de produire un tableau synthétique des recettes de l’État. Tout juste quelqu’un a-t-il laissé échapper, en page 54, que le taux de prélèvements obligatoires nets de crédits d’impôts passerait de 43,9 % du PIB à 44,2 % l’an prochain. Ceux à qui il reste quelques souvenirs d’une époque lointaine où les mathématiques étaient encore enseignées à l’école déduiront que les prélèvements obligatoires passeront de 1 339 Md€ à 1 393 Md€, soit une hausse de 4 % en un an. L’équilibre entre maîtrise de la dépense publique et effort fiscal est donc, cette année encore, à l’opposé du discours qui nous est servi.

  • On notera enfin que, conformément à la tradition, ces chiffres sont basés sur un scénario de croissance imprudent : +1 % en 2027 alors que le PIB est en recul depuis début 2026.

J’enchaîne de ce pas sur les principales mesures susceptibles de toucher vos finances personnelles :

  • Indexation de 2,1 % des seuils du barème de l’impôt sur le revenu

  • Maintien de l’abattement de 10 % sur les pensions de retraite mais abaissement de son plafond de 4 439 € par foyer à 3 000 €

  • Sous-indexation des retraites à partir de 1 260 € par mois. Modalités précises laissées au débat parlementaire, avec un objectif global d’économie de 4,1 Md€.

  • Réduction de l’exonération d’IR sur les indemnités de rupture

  • Fiscalisation partielle des indemnités pour maladie de longue durée

  • Plafonnement de l’amortissement fiscal ouvert au Loueur en Meublé Non-Professionnel (LMNP)

  • Élargissement de l’éligibilité au Prêt à Taux Zéro aux parents d’enfants à naître ou de moins de 3 ans

  • Gel de la prime d’activité et des Aides Personnalisées au Logement.

Ces différentes mesures restent suspendues aux vicissitudes du débat parlementaire, dont je vous tiendrai bien entendu informés au fil des semaines.

Il s’agissait là du dernier budget du double quinquennat d’Emmanuel Macron qui se concluera donc dans le renoncement à toute tentative de redressement de nos finances publiques.

Le matin même, l’agence France Trésor passait un très mauvais moment dans l’adjudication de 12 Md€ d’obligations d’État (OAT), devant se résoudre à offrir des taux allant de 4,93 % pour l’échéance 2036 jusqu’à 5,40 % pour l’échéance 2048. Le spread France-Allemagne atteignait vendredi 140 points.

En commentaire de ma publication LinkedIn sur le sujet, un internaute souligne que les taux sont encore supérieurs aux États-Unis, sans que cela ne pose difficulté. Il me semble utile de développer ici ma réponse :

  • S’agissant d’emprunts d’État, la soutenabilité du taux d’intérêt doit se mesurer relativement à la croissance attendue du PIB nominal (elle-même composée de la croissance en volume et de l’inflation). Les États-Unis bénéficient aujourd’hui d’une croissance supérieure à 2 %, à laquelle on ajoutera une inflation hors énergie de 2,5 %. Leurs taux d’intérêt ne sont que marginalement supérieurs à cette borne. En France, croissance à zéro et inflation hors énergie autour de 2 % signifient que les taux consentis jeudi sont de 3 points supérieurs au seuil de soutenabilité. À un tel niveau, notre dette publique est vouée à s’effondrer sous son propre poids, quand bien même nous parviendrions à rétablir une situation d’équilibre budgétaire primaire (c’est-à-dire avant prise en compte des intérêts de la dette), ce dont nous sommes très loin.

  • Contrairement à la France, les États-Unis disposent encore de marges de manœuvre fiscales considérables pour rétablir leurs finances publiques. Si Donald Trump ne souhaite pas aujourd’hui les utiliser, cela reste malgré tout un facteur important dans l’appréciation du risque par les investisseurs.

  • Depuis la création de l’euro, la France n’a plus sa pleine souveraineté monétaire. Et si elle doit négocier le soutien de la Banque centrale européenne, cela se paiera, comme pour la Grèce en 2012, par un abandon de souveraineté économique. Autrement dit, les choix que nous n’avons pas voulu faire, depuis 30 ans, pour contenir nos dépenses sociales ou les effectifs de notre fonction publique seront tranchés à Bruxelles ou à Berlin.

  • Enfin, ce qui doit nous inquiéter est la rapidité de la dégradation de la signature française. Le spread France-Allemagne était encore autour de 60 points au début de l’été.

Je serai le 15 octobre au Salon de la SCPI organisé par Louve Invest. Je participerai en particulier à une table ronde lors de laquelle nous débatterons des conséquences de la conjoncture actuelle (hausse des taux, géopolitique, présidentielles 2027) sur les sous-jacents immobiliers. L’inscription est gratuite, venez nombreux !

Et comme il se doit, chaque administration va maintenant y aller de son mouvement social pour protester contre le manque de moyens et l’austérité qui contraint à ne plus augmenter les budgets beaucoup plus vite que l’inflation.

Ces administrations ne souffrent pas d’un manque de moyens mais d’une allocation désastreuse des moyens disponibles. De très nombreux pays font mieux, avec beaucoup moins. La jeunesse turque bat maintenant la nôtre dans toutes les matières mesurées par les tests PISA, pour un budget par étudiant trois fois inférieur, mesuré en parité de pouvoir d’achat. Mais au lieu de rémunérer décemment nos enseignants (et relever la sélectivité de leur recrutement en conséquence), nous préférons empiler des couches administratives et payer des pédagogistes dans les ministères pour nous expliquer que l’accord du participe passé après le verbe avoir surmobilise les ressources mentales de nos adolescents. Il est temps d’en finir avec ce jacobinisme mortifère. Les études PISA montrent sans aucune ambiguïté que la décentralisation des circuits de décision au bénéfice des proviseurs et leur mise en concurrence au travers de la transparence des performances sont la clé d’une allocation efficiente des ressources éducatives.

Quant aux étudiants qui brûlent des lycées dans lesquels ils n’ont de toute évidence pas passé beaucoup de temps, ils protestent sans le comprendre contre une société qui renonce à les élever, au sens étymologique, "porter vers le haut" : apprendre à penser, poser une exigence académique, les aider à trouver leur voie. Et l'Éducation Nationale n'est évidemment pas seule en cause.

Comme chaque dimanche, vous pouvez retrouver la chronique hebdomadaire des marchés par Séverine Piot-Deval.

En vous souhaitant une bonne semaine.

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