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Sphères d'influence

Bonjour,
Dans la nuit de vendredi à samedi, des forces spéciales américaines bénéficiant d’un soutien aérien important sont intervenues à Caracas, capturant puis exfiltrant le Président vénézuélien Nicolás Maduro et son épouse. L’opération aurait fait selon le New York Times une quarantaine de victimes (aucune parmi les troupes américaines). Le couple présidentiel, inculpé depuis 2020 pour importation de cocaïne, possession d'armes et narcoterrorisme, sera maintenant déféré devant un tribunal fédéral américain.
Dans une conférence de presse tenue hier, Donald Trump a annoncé que les États-Unis administreraient le pays jusqu’à ce qu’une transition sûre, appropriée et judicieuse (« sure, appropriate and judicious ») soit possible.
Au-delà du concours de postures caricaturales de notre personnel politique, je vous propose ici quelques éléments de lecture.
Ces dernières semaines, les forces américaines ont détruit au large des côtes vénézuéliennes plus d’une vingtaine de bateaux de transport de drogue. Sans être un centre de production important, le Vénezuela, par son accès à la mer des Caraïbes, est une filière logistique parmi d’autres permettant l’exportation de la drogue produite ailleurs en Amérique du Sud (en particulier en Colombie), et la complicité du couple Maduro dans l’organisation de cette filière semble plausible. Cela ne fait pas pour autant du Vénezuela le centre névralgique du trafic de drogue dépeint par Donald Trump. Selon l’agence américaine de lutte contre la drogue (DEA) elle-même, le Vénezuela ne représenterait que 8 % des importations de drogue par voie maritime. Et contrairement aux assertions de la Maison Blanche, de l’avis de tous les observateurs, le pays ne serait pas impliqué dans le trafic de fentanyl, produit pour l’essentiel au Mexique à partir de matières premières importées de Chine et d’Inde.
L’intérêt de Donald Trump pour le Vénezuela, le Canada ou le Groenland, plutôt que le Mexique, le Guatemala, le Honduras ou la Colombie, est bien entendu proportionnel à leurs ressources naturelles. En l’occurrence, le Vénezuela dispose de 18 % des réserves mondiales de pétrole identifiées (un chiffre à pondérer néanmoins par le coût d’extraction élevé de ces réserves tant sur le plan économique qu’écologique). Le POTUS a ouvertement exprimé lors de sa conférence de presse sa volonté de confier la reconstruction de l’appareil productif pétrolier, aujourd’hui en ruines, aux majors américaines.
Ce qui nous choque, en tant qu’Européens, est le caractère unilatéral de l’intervention américaine, la Maison Blanche ne s’étant embarrassée d’aucune démarche multilatérale risquant d’entraver son action. Sans faire l’apologie d’un tel mode d’action, il nous faut lire le monde avec lucidité, aussi imparfait soit-il. La fin de l’Histoire annoncée par Francis Fukuyama suite à la chute de l’URSS n’aura été qu’une brève parenthèse. Aux États-Unis, en Russie, en Chine, il est acquis que la puissance fonde l’action et se justifie à elle-même, et il est urgent que l’Europe en prenne acte.
L’opération américaine intervient dans un contexte de rapprochement entre la Chine et le Vénezuela. La Chine est devenue le principal créancier du Vénezuela, se faisant rembourser sous forme de pétrole en violation de l’embargo américain. À cet effet, une liaison maritime directe venait d’être mise en service fin 2025, permettant de contourner les hubs américains. En visite officielle à Caracas, l’émissaire chinois pour l’Amérique Latine venait tout juste de redécoller lorsque les forces spéciales américaines ont lancé leur assaut. Le message ne saurait être plus clair : le Vénezuela fait partie de la sphère d’influence américaine et les interférences d’autres grandes puissances n’y seront pas tolérées. Si le Vénezuela était déjà suffisamment marginalisé pour que cette opération n’ait pas d’impact sur les marchés financiers, il en serait différemment si Xi Jinping, à son tour, choisissait d’appliquer cette doctrine de la sphère d’influence à Taïwan…
À l’exception des irréductibles idéologues, dont on trouve encore malheureusement quelques spécimens en France, nul observateur de bonne foi ne regrettera ni le chavisme ni Maduro. Quand le Vénezuela accède à la démocratie en 1958, il est le 3ème producteur de pétrole au monde derrière les États-Unis et l’URSS et le pays le plus riche d’Amérique Latine, son PIB par habitant rivalisant avec celui des États-Unis et de la Suisse, bien qu’avec une répartition de richesse plus inégale. De façon très classique, le Vénezuela tombera dans le piège de la surdépendance à ses ressources naturelles, au détriment du développement du reste de l’économie (« dutch disease »). Le niveau de vie y reste néanmoins l’un des meilleurs d’Amérique Latine, après l’Argentine et le Mexique, lorsqu’Hugo Chavez est élu à la présidence en 1998, après une tentative de putsch manquée en 1992. La suite sera un cocktail toxique de remise en cause de la propriété privée, d’absence d’investissement dans l’appareil productif, de détournements de fonds et de corruption à grande échelle. En bon autocrate, Chavez, malade, désignera comme successeur le moins doué de ses lieutenants : Nicolás Maduro. Celui-ci s’empressera de nationaliser ce qui ne l’était pas encore, causant un effondrement de la production agro-alimentaire (-75 %), de la production de pétrole (-69 %), et plus généralement, l’abandon de toute initiative économique privée. Cette expérience collectiviste sous les cocotiers engendrera l’exode de 8 millions de Vénézueliens (2015-2025), soit 26 % de la population. Passé largement inaperçu d’Europe, il s’agit du mouvement de réfugiés le plus important de l’Histoire, seconde guerre mondiale exceptée.
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01/01/2025-31/12/2025 | 24/01/2025-31/12/2025 (dividendes non réinvestis) |
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