3,5 millions de foyers supplémentaires

50 ans après la fin du baby boom, la France entre dans l’ère du solo boom. C’est ce que montrent les travaux conjoints de l’Insee et du SDES (service statistique du ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires).

Selon le scénario central de l’Insee, la population française atteindrait un pic en 2044 pour se stabiliser autour de 69,2 millions d’habitants, à comparer à 68,4 millions aujourd’hui. Pourtant, le nombre de ménages continuerait de croître de façon significative avec 3,5 millions de ménages supplémentaires projetés à l’horizon 2050, soit 12 % de plus qu’actuellement.

Chéri, j’ai rétréci le foyer !

Parmi ces 3,5 millions de ménages supplémentaires, 95 % seraient constitués de personnes vivant seules et de parents isolés. Ceux-ci représenteraient presque 33 % de la population en 2050 contre 26 % en 2018. À l’inverse, les familles avec enfants seraient, sur la même période, en net recul : -5 % pour les foyers de 3 personnes, -11 % pour les foyers de 4 personnes et -13 % pour les foyers de 5 personnes ou plus.

La taille moyenne des foyers ne serait plus que de 1,99 personnes en 2050 (vs. 2,20 en 2018).

Le veillissement de la population joue bien entendu un rôle majeur dans ce phénomène de réduction de la taille des foyers. Ainsi, 64 % de ces “nouveaux” foyers seront constitués de personnes seules de plus de 60 ans.

L’Insee fait par ailleurs l’hypothèse d’une poursuite de la tendance de décohabitation par laquelle les jeunes générations tardent à vivre en couple et avoir des enfants, puis se séparent avec une fréquence plus importante.

Variabilité géographique

La combinaison de ces différents phénomènes, ainsi que des dynamiques démographiques variables de nos territoires, dessine une carte de France en véritable mosaïque.

Selon les projections de l’Insee, 12 départements concentreraient plus de 50 % de l’accroissement du nombre de foyers. Parmi eux, on retrouve l’Est de l’Île de France et les grandes métropoles que sont Marseille, Lyon, Toulouse, Bordeaux, Nantes, Rennes et Montpellier, ainsi que La Réunion et Mayotte.

À l’opposé, de nombreux départements afficheraient un recul du nombre de foyers notamment en Centre - Val de Loire, en Basse Normandie et dans le Grand Est. Paris intra-muros, la Martinique et la Guadeloupe seraient également touchés.

Il convient toutefois de noter que ces projections sont construites sur une hypothèse de solde migratoire net de 70.000 personnes par an qui paraît bien inférieure aux niveaux observés ces dernières années.

Quelles implications pour la demande de logements ?

En dépit des limites propres à ce type de projections, ces travaux nous éclairent sur des tendances qui devraient structurer la demande de logements des prochaines décennies. Derrière une stabilité globale des besoins de logement, mesurés en surface, le scénario central de l’Insee annonce une concentration croissante de cette demande sur les unités de moindre taille (studios, T1, T2) situées dans les métropoles pourvoyeuses d’emploi.

S’il se vérifie, ce scénario ne manquera pas d’aggraver, dans les bassins d’emploi, les tensions causées par la trop faible rotation des logements sociaux tout en accentuant, à l’écart de ces bassins, les phénomènes de logements vacants. Il semble également propice au développement de nouveaux formats de logement telles que des solutions de coliving ou des logements plus modulaires, permettant à une famille d’accueillir un jeune adulte ou une personne agée dans des conditions d’intimité et d’autonomie acceptables.

Pour les investisseurs et les professionnels du secteur, la transformation du parc de logements existants pour mieux répondre à ce solo boom constituera, à n’en pas douter, un enjeu majeur.

Sources

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