Bonjour,
En cette rentrée, chaque jour ou presque, un nouveau candidat improbable à la fonction suprême sort du bois. Après Ségolène Royal, Bernard Cazeneuve, Francis Lalanne et Raphaël Glucksmann dans le courant de l’été (dans l’ordre chronologique), c’était au tour d’Olivier Faure dimanche dernier, de Fabien Verdier ce vendredi, et enfin de Natacha Polony, hier.
Au moins reste-t-il suffisamment d’instinct de survie au Parti Socialiste pour faire le ménage au travers d’une primaire. Ce ne sera pas le cas à droite où des années de sabotage, de l’extérieur et de l’intérieur, ont laissé un champ de ruine organisationnel.
Et puis, il y a ceux qui, sans descendre dans l’arène, distribuent leurs programmes à l’entrée, prêts à donner de leur personne si l’intérêt supérieur de la nation l’exige : François Hollande, Dominique de Villepin, Bruno Le Maire, Elisabeth Borne, Jean-Louis Borloo. Des Jean-Claude Dusse de la présidentielle : « oublie que tu n’as aucune chance, sait-on jamais, sur un malentendu… ».
Je ne vous soufflerai jamais pour qui voter, la question étant suffisamment cornélienne à titre personnel ! En revanche, je ne me priverai pas de commenter dans cette lettre les principales propositions formulées par les uns et les autres en matière d’économie et de finances publiques.
Force est de constater, en ce début de campagne, qu’ayant évité la dispersion des candidatures au sein de leurs camps, les candidats les plus radicaux imposent leurs thèmes : effacement partiel de la dette pour Jean-Luc Mélenchon, interdiction du port du voile dans l’espace public pour Marine Le Pen.
Les programmes économiques, eux, restent encore flous. Peut-être le débat budgétaire qui s’ouvrira le mois prochain permettra-t-il d’y voir plus clair. L’idée d’une hausse de TVA (« sociale ») commence néanmoins à émerger, portée de la façon la plus explicite par François Hollande et Bruno Le Maire. J’aimerais ici en dire quelques mots :
L’idée de déporter une partie de la charge de financement de notre modèle social du travail vers la consommation a du sens : on élargit ainsi l’assiette en l’étendant aux importations, contribuant à réduire le déficit de compétitivité des producteurs français et à relever, espérons-le, notre taux d’emploi.
Attention toutefois aux tours de bonneteau. Une telle mesure ne se défend que si l’intégralité du surcroit de TVA généré est restitué aux salariés et/ou aux entreprises sous la forme d’allègements des taux de cotisations sociales standards. Si tel n’était pas le cas, cette hausse de TVA aurait pour effet de pousser encore plus loin un niveau de prélèvements obligatoires déjà mortifère.

D’autre part, si cet arbitrage TVA vs charges sociales est défendable en flux (sur les revenus futurs), il s’apparente à une spoliation pure et simple lorsqu’il s’applique aux stocks (revenus passés). En effet, toute l’épargne déjà constituée, issue de revenus passés ayant subis des niveaux de charge sociales punitifs, devrait passer une nouvelle fois à la caisse, via cette hausse de TVA, lorsqu’elle sera convertie en consommation. Ainsi, en considérant que toute épargne est un report de consommation (y compris inter-générationnel au travers des transmissions), un relèvement de 4 points du taux de TVA – chiffre évoqué par François Hollande – équivaut à une ponction de même niveau sur toute épargne déjà constituée.
Les emprunts d’État français (OAT) à 10 ans clôturent la semaine à 4,19 % après avoir touché 4,27 %. L’inflation en zone euro rebondit à 3,3 % sur 12 mois glissants à fin août (2,5 % en France selon les premières estimations), si bien que les marchés anticipent un nouveau relèvement des taux directeurs de la Banque Centrale Européenne à l’issue du Conseil des gouverneurs de jeudi prochain. Alors que l’Insee vient de réviser ses chiffres d’évolution du PIB français à -0,2 % et 0 % pour, respectivement, les premiers et deuxièmes trimestres 2026 (vs périodes comparables 2025), on peut désormais parler de stagflation : croissance nulle ou négative, chômage en hausse, inflation supérieure à la cible.
La situation dans le Golfe Persique s’est de nouveau détériorée cette semaine, entraînant de lourdes frappes de part et d’autre. Je vous fais grâce des déclarations des belligérants qui ne valent pas le papier sur lequel elles sont écrites.
À ce stade, ou Donald Trump dispose d’éléments tangibles indiquant que l’effondrement du pouvoir iranien est imminent – et je conçois volontiers qu’il soit mieux informé que moi – ou la guerre totale dans laquelle il s’enferre est une balle tirée dans le pied de l’Amérique, et plus largement de l’économie mondiale. L’élargissement des sanctions économiques (opération « Economic Outcast »), en particulier, risque fort d’accélérer la dédollarisation des échanges commerciaux n’impliquant pas directement les États-Unis, nourrissant indirectement la remontée des taux américains. Nous continuons de recommander une gestion prudente de vos placements dans un tel contexte.
En vous souhaitant un bon dimanche.
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