Bonjour,
Comme chaque été à Bercy, on travaille sans relâche à préparer le terrain du débat budgétaire de l’automne.
Dans un entretien publié jeudi par Libération, Roland Lescure propose une sous-indexation des pensions de retraite les plus élevées. Cette dégressivité de l’indexation viendrait bien entendu se combiner avec la progressivité de l’impôt sur le revenu. Le montant de l’économie envisagée n’est pas précisé. Le Figaro interprète cette proposition comme une main tendue par le gouvernement au Parti Socialiste, dans la lignée du budget 2026.
Dans les jours précédents, l’Inspection Générale des Finances avait publié un rapport sur l’efficacité des politiques familiales dans lequel elle propose jusqu’à 4,2 Md€ d’économies annuelles, parmi lesquelles :
la forfaitisation de la majoration des pensions de retraite des parents de trois enfants et plus (1,1 Md€ d’économies annuelles à l’horizon de dix ans);
l’accentuation de la dégressivité des allocations familiales en fonction du revenu (750 M€ d’économies);
la suppression de la demi-part fiscale accordée aux anciens parents isolés (690 M€ d’économies);
l’introduction d’une dégressivité des Aides Personnalisées au Logement des étudiants selon les revenus des parents (550 M€ d’économies);
la réduction de moitié du plafond des parts fiscales attribuées au titre du quotient familial (460 M€ d’économies);
la suppression de la réduction d’impôt pour frais de scolarité (450 M€ d’économies);
ainsi que de nombreuses autres mesures à rendement moindre, comme la suppression du maintien du quotient conjugal pour les veufs et veuves ou la proratisation de la part fiscale accordée à l’arrivée d’un nouvel enfant en fonction de sa date exacte de naissance.
Deux autres rapports publiés ces derniers jours par la même IGF préconisent par ailleurs 2 Md€ d’économies sur le soutien au logement social et 1,4 Md€ d’économies sur la lutte contre la fraude à l’assurance maladie.
Dans la configuration actuelle de l’Assemblée nationale, et qui plus est à l’approche de l’échéance présidentielle, on peut douter que ces propositions survivent intactes au débat parlementaire. Comme l’an dernier, je vous tiendrai informé de l’avancée des travaux au fil des semaines.
Pendant que la Direction du budget planchait sur la copie budgétaire, nous apprenions cette semaine que la Direction générale des Finances publiques avait été victime d’une fuite de données touchant 678 000 contribuables particuliers ou professionnels. Noms, dates de naissances, adresses physiques et courriels, composition du foyer, revenus fiscaux de référence, taux d’imposition : tout ce qu’il faut pour préparer de futures usurpations d’identité et arnaques en tous genres. Les identifiants et mots de passe permettant l’accès à l’espace fiscal de chaque contribuable n’auraient toutefois pas été compromis. Dans un communiqué minimaliste, la DGFiP annonce que les victimes de ce détournement seront informées dans le courant de la semaine à venir.
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Mais pourquoi donc chercher à faire des économies. Jean-Luc Mélenchon a la solution : « prendre les titres de dette à la Banque de France et les foutre au feu ». Alors que des économistes gavés d’argent public se bousculent pour apporter une caution académique à une telle proposition, c’est l’occasion de revenir sur une décennie de folie monétaire (2012-2022) ayant ouvert la porte à de telles inepties.
En 2012, la zone Euro est au bord de l’implosion face à la crise des dettes souveraines des pays “périphériques” (Portugal, Italie, Irlande, Grèce, Espagne). Mario Draghi, président de la Banque Centrale Européenne fait en juillet 2012 cette fameuse déclaration : « Within our mandate, the ECB is ready to do whatever it takes to preserve the euro. And, believe me, it will be enough ». S’en suivit une politique expérimentale de taux directeurs nuls, puis négatifs, et à partir de l’automne 2014, constatant que celle-ci ne suffit pas à abaisser les coûts de financement des pays en question, une politique de rachat des dettes souveraines sur le marché secondaire (Quantitative Easing).
Pour sa défense, Mario Draghi a toujours été explicite sur le fait qu’une telle politique ne pouvait être que temporaire et que les pays en question devaient mettre à profit le temps ainsi “acheté” par la BCE pour procéder aux réformes structurelles leur permettant de redresser leurs finances publiques et leur compétitivité.
Alors que les pays concernés engageaient les ajustements et réformes nécessaires (tardivement concernant l’Italie, et au travers d’une stratégie de dumping fiscal pour ce qui concerne l’Irlande, mais c’est encore un autre sujet), les gouvernements français successifs ignorèrent l’avertissement de Draghi, laissant la dépense publique à des niveaux records (57,0% du PIB en 2011, 57,3 % en 2025).
Cette planche à billets temporaire mise en place par la BCE (et plus ou moins concomitamment, la Federal Reserve américaine) contribua à alimenter une hausse généralisée des prix des principales classes d’actifs (actions, obligations, immobilier), participant à l’accentuation des inégalités de patrimoine (et non de revenus).
Réactivée et amplifiée à l’occasion de la pandémie de Covid, cette même planche à billets, toujours temporaire mais utilisée cette fois pour maintenir les revenus en l’absence d’activité économique, joua un rôle clé dans la résurgence d’inflation des prix à la consommation (aggravée secondairement par la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine).
À partir de 2024, la BCE lance enfin le démantèlement progressif de cette dangereuse expérimentation monétaire. Les titres de dette souveraine détenus par la BCE doivent désormais être remboursés lorsqu’ils arrivent à échéance (donc, de facto, refinancés par de nouvelles émissions auprès d’investisseurs privés).
La proposition de Jean-Luc Mélenchon, formulée bien sûr dans des termes plus mobilisateurs, revient purement et simplement à empêcher ce démantèlement programmé du Quantitative Easing.
On reprochera à Mario Draghi d’avoir ouvert la boîte de Pandore.
On reprochera à François Hollande et Emmanuel Macron de n’avoir rien fait de productif du temps ainsi acheté, isolant progressivement la France comme passager clandestin de la zone Euro. Et si l’on remonte plus loin, depuis la création de l’euro, les gouvernements français de tous bords ont perpétué des politiques économiques de monnaie faible, ne semblant pas réaliser qu’ayant abandonné le levier de la dépréciation du franc qui permettait de maintenir la compétitivité de notre économie hors de l’eau, une telle politique nous condamnerait à perdre notre industrie et notre agriculture au profit des pays menant des politiques de compétitivité.
On reprochera enfin à Jean-Luc Mélenchon de laisser croire que le recours à la planche à billets peut engendrer la prospérité, alors que l’Histoire millénaire des monnaies montre que son utilisation abusive engendre toujours l’effondrement économique, voire civilisationnel, et que les plus modestes en sont toujours les premières victimes. Il sait en outre que la France se trouve totalement isolée au sein de la zone Euro et que jamais nos voisins ne consentiront à de telles mesures. Mais son objectif est de conditionner les Français à rejeter tout effort qui permettrait de commencer à restaurer la compétitivité de notre économie, quitte à raconter que l’argent pousse dans les arbres.
Pendant que les aspirants à l’élection présidentielle rivalisent d’inventivité, le taux des emprunts français à 10 ans clôture la semaine à 4,04 %, son plus haut niveau depuis 2008. Il faut maintenant s’attendre à une poursuite de la remontée des taux de crédit immobilier à la rentrée et la possibilité d’une rechute d’un marché immobilier à peine convalescent.
En vous souhaitant une excellente semaine.



