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Olivier Klein est professeur de macroéconomie financière et de politique monétaire à HEC.

Une étude de la Direction générale du Trésor évaluait récemment l’impact pour les finances publiques d’un alignement du taux d’emploi français sur celui des meilleurs pays européens. En 2022, 68 % des Français âgés de 15 à 64 ans étaient en emploi, contre 77 % en Allemagne et 82 % aux Pays-Bas.

En d’autres termes, 13 millions de français en âge de travailler n’étaient pas en emploi. Parmi eux, 2,4 millions étaient au chômage au sens du Bureau international du travail. Les autres sont considérés comme « inactifs », parmi lesquels des étudiants, des personnes restant à l’écart du marché du travail, par choix ou par contrainte, et des jeunes retraités. Au sein de cette population, les plus jeunes et les plus âgés sont moins en emploi que le reste de la population. Sur eux se concentre l’essentiel de l’écart de taux d’emploi entre la France et l’Allemagne. Enfin, si le taux d’emploi des hommes est plus élevé que celui des femmes, quelle que soit la classe d’âge, ces écarts sont modestement atténués en France, relativement à l’Allemagne.

En tenant compte des écarts de temps de travail et du temps partiel entre les deux pays, le rattrapage de ce déficit de taux d’emploi induirait la création d’environ 1,5 million d’emplois nets en France, entraînant une hausse du Produit Intérieur Brut de l’ordre de 3 % en scénario conservateur, intégrant une baisse de la productivité liée à la hausse du nombre d’emplois, et jusqu’à 7 % selon certaines hypothèses alternatives.

Sur cette base, la Direction générale du Trésor chiffre l’effet attendu sur l’équilibre financier de la protection sociale : les recettes annuelles augmenteraient d’environ 15 Md€ (cotisations, CSG et autres prélèvements assis sur les revenus d’activité), tandis que les dépenses de prestations seraient réduites d’environ 5 Md€ (baisses des allocations chômage et de certains minima sociaux, partiellement compensées par de nouvelles dépenses liées à l’activité). Au total, le solde annuel de la protection sociale s’améliorerait d’environ 20 Md€ dans ce scénario d’alignement du taux d’emploi français sur celui de l’Allemagne.

La même note propose ensuite un élargissement au‑delà du seul champ social. La hausse de 3 % du PIB générerait une réduction globale d’environ 38 Md€ du déficit public annuel. Dans un autre scénario, plus optimiste quant aux effets indirects sur le temps partiel et la productivité le PIB augmenterait d’environ 7 %, entraînant un comblement de 80 Md€ du déficit budgétaire. Ces travaux dessinent donc un intervalle plausible allant de 40 à 80 Md€ de réduction du déficit. À structure de dépenses inchangée (au-delà des économies directes de prestations sociales), il est possible de retenir un ordre de grandeur médian de réduction du déficit annuel d’environ 60 Md€.

Ce chiffrage reste significativement inférieur à celui avancé par Patrick Artus. Ce dernier énonce que, si la France avait le même taux d’emploi que l’Allemagne, le déficit public de 5 % du PIB se transformerait en un excédent de l’ordre de 1 % du PIB, soit une amélioration de 6 points de PIB correspondant à plus de 150 Md€, aboutissant à un quasi‑retour à l’équilibre des finances publiques, sous réserve que les gouvernements ne « dilapident » pas ce gain par des hausses de dépenses.

Un impact d’environ 60 Md€ sur le déficit public, si la France relevait son taux d’emploi jusqu’au niveau allemand, constitue probablement une base raisonnable . Par la même approche, le rattrapage du taux d’emploi français sur celui des Pays-Bas, soit une augmentation d’environ 13 points, engendrerait une amélioration d’environ 100 Md€ du solde budgétaire annuel, ramenant le déficit primaire à zéro. Le report de l’âge de la retraite, comme l’ont fait tous nos voisins, fait évidemment partie des solutions positives essentielles à mettre en œuvre à cette fin, entre autres.

Sources et bibliographie

Les « flashs » de Patrick Artus (Ossiam) :

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