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Pierre Maynial a accompagné pendant 14 ans des grandes entreprises et des fonds d'investissement dans leurs opérations financières (fusions, acquisitions et cessions), en tant que banquier d'investissement, consultant dans un cabinet de conseil international et dans la grande distribution. Il est le fondateur du cabinet de gestion de patrimoine Monsieur Capital.

Un engouement qui ne doit rien au hasard

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2025, les Français ont investi 16,4 milliards d'euros dans des contrats d’assurance-vie luxembourgeois, selon un rapport de l'Association des Compagnies d'Assurances. Un tel niveau de collecte, en hausse de 20,3% sur un an, constitue un record absolu. La France représente désormais 54,6% du marché international de l'assurance-vie luxembourgeoise (loin devant l'Italie, la Belgique et l'Allemagne), participant à faire du Luxembourg le premier centre transfrontalier de distribution d'assurance-vie en Europe.

Afin de comprendre les raisons de ce succès, il faut commencer par déconstruire une idée reçue : le contrat d’assurance-vie luxembourgeois n'est pas un outil d'optimisation fiscale exotique qui permettrait de se soustraire à l’impôt français. Son attrait vient essentiellement de la combinaison d’un cadre juridique robuste et d’une architecture totalement ouverte, qui en font une enveloppe parfaitement adaptée à la gestion patrimoniale pour les épargnants disposant d’un capital d’au moins 250000€.

Le "risque France": un facteur pris en compte par de nombreux investisseurs

Ces deux dernières années, l’essor de l’assurance-vie luxembourgeoise a été nourri, en France, par un climat d’instabilité politique et une méfiance croissante envers le cadre réglementaire hexagonal.

Ce risque a un nom: la loi Sapin II. Depuis 2016, cette loi permet au Haut Conseil de Stabilité Financière (HCSF) de suspendre les rachats sur les contrats d'assurance-vie, de limiter les arbitrages ou de bloquer les versements pendant une période pouvant aller jusqu’à six mois, en cas de menace avérée pour le système financier français. À ce jour, cette faculté n'a jamais été utilisée, mais existe bel et bien.

Les fonds euros d’assurance-vie étant, pour la plupart, généreusement exposés à la dette publique et para-publique française, nos finances publiques étant ce qu’elles sont et les taux des emprunts d’État ayant récemment touché des niveaux que nous n’avions plus connus depuis 2008, de nombreux épargnants souhaitent se protéger du fait du Prince sur une partie de leur patrimoine qui a vocation à rester liquide.

Les contrats d’assurance-vie luxembourgeois sont, sauf exceptions, hors du champ de la loi Sapin II. Les fonds versés sont logés sur un compte ségregué auprès d’une banque dépositaire agréée, totalement isolé du bilan de la compagnie d’assurance. C'est ce qu'on appelle le « triangle de sécurité » : assureur, banque dépositaire et autorité de contrôle luxembourgeoise (le Commissariat aux Assurances) forment un système de supervision à trois niveaux qui rend la faillite d'un assureur sans conséquence directe pour le souscripteur. En cas de défaillance, l'épargnant est créancier de premier rang, avant tous les autres créanciers, y compris l'État.

Pour autant, si le risque France est une préoccupation légitime, il ne doit pas masquer les qualités intrinsèques de l’assurance-vie luxembourgeoise qui, à elles seules, suffisent à en faire un outil patrimonial essentiel.

L'argument central: la gestion sur mesure

Dans une assurance-vie française classique, le plus souvent distribuée par une banque et son assureur captif, vous avez accès à un catalogue de fonds limité, défini par l'assureur, négocié avec quelques grandes maisons de gestion et souvent orienté vers des fonds qui maximisent les rétrocessions pour le distributeur. L’univers des possibles est ainsi restreint et ne permet pas l’accès aux ETF les plus performants ou à certaines thématiques d’investissement.

Ce que le contrat luxembourgeois géré via un Fonds d'Assurance Spécialisé (FAS) permet vraiment, c'est une liberté d'investissement totale : quasiment tous les fonds actions et obligataires cotés en Bourse sont accessibles, ainsi que la plupart des fonds de private equity et fonds alternatifs. Avec l’accompagnement d’un conseiller indépendant, cela veut dire concrètement : ETF sur toutes les classes d'actifs et thématiques, OPCVM à parts institutionnelles (avec des frais de gestion fortement réduits), fonds d'infrastructure, fonds de private equity, et bien d'autres.

Des économies sur les OPCVM

L'économie de frais de gestion sur les OPCVM est l’argument le plus sous-estimé. Ce point mérite une explication. Il existe deux catégories de fonds : les parts «grand public » (parts A, R, ou équivalent), vendues dans les catalogues classiques des banques et assureurs, avec des frais de gestion intégrant la rémunération du distributeur, et les «clean shares», réservées aux investisseurs institutionnels et aux clients des conseillers indépendants ne percevant aucune rétrocession. Ces deux types de parts ouvrent accès aux mêmes fonds et ne diffèrent que par les frais de gestion qui leur sont attachés. Sur un fonds obligataire ou un OPCVM actions, l'écart peut atteindre 0,30 % à 1,10 % de frais annuels.

Pour 400000€ investis pendant 15 ans, la différence de performance nette se chiffre à environ 40000€. Les banques ne vous proposeront jamais ces parts – elles perdraient la moitié de leur rémunération! C'est l'un des avantages structurels d'un conseiller indépendant opérant sur un contrat luxembourgeois.

Le private equity: l'autre dimension que l'assurance-vie française ne peut pas offrir

Au-delà des fonds cotés, le contrat luxembourgeois ouvre l'accès au private equity: les investissements dans des entreprises non cotées. C'est une classe d'actifs à part entière, structurellement plus performante sur longue période que les marchés cotés (avec une prime d'illiquidité justifiée). En France, l'offre de private equity dans les contrats d'assurance-vie se limite généralement à des FCPR grand public – des fonds de fonds souvent chargés en frais – qui n'offrent pas le même profil rendement/risque que des parts en direct dans des fonds institutionnels de private equity.

Via l’assurance-vie luxembourgeoise, l'accès direct aux meilleurs fonds de private equity est possible à partir de 1,25 million d'euros de patrimoine financier net (sur base purement déclarative). Attention néanmoins : ces fonds ont des contraintes de liquidité et il est à prévoir que les sommes souscrites resteront indisponibles pendant 8 à 10 ans.

Une allocation composée d’actions mondiales via ETF institutionnels, d’OPCVM obligataires datés en clean shares, d’infrastructure cotée et d’une poche de private equity calibrée est une combinaison très performante pour un capital de long terme, impossible à reproduire dans une assurance-vie française standard.

La fiscalité: copié-collé de l’assurance-vie française

En vertu du principe de neutralité fiscale appliqué par le Luxembourg, la seule fiscalité applicable est celle de la résidence fiscale du souscripteur. Ainsi, un résident fiscal français détenteur d’un contrat luxembourgeois bénéficie des mêmes avantages que sur un contrat de droit français : abattement d’impôt sur les plus-values à concurrence de 4600€ (personne seule) ou 9200€ (couple) par an après 8 ans, prélèvement forfaitaire unique (PFU) ou barème progressif au choix lors des rachats (au-delà de l’abattement), transmission en franchise de droits de succession dans les plafonds légaux. Le Luxembourg n'apporte aucun avantage fiscal supplémentaire pour un résident français.

En revanche, si un client est amené à s'expatrier (en Suisse, en Belgique, au Royaume-Uni, aux Émirats) son contrat luxembourgeois doit être reconnu par la fiscalité locale. Sinon, des changements peuvent s’imposer au sein de la police d’assurance, pour respecter les règles locales. Dans un certain nombre de pays de résidence, un client qui détient un «FAS» (contrat disposant d’un choix illimité de supports au sein du contrat) peut être contraint de le changer contre un «FID» (contrat en gestion pilotée).

Rappelons en outre que les actifs financiers détenus à l’étranger doivent faire l'objet d'une déclaration annuelle auprès des autorités fiscales françaises (formulaire 3916-bis). Le Luxembourg participant aux échanges automatiques de données fiscales au sein de l’Union Européenne, il serait illusoire de chercher à cacher l’existence de tels contrats aux autorités fiscales françaises.

Choisir le bon assureur : ce que le marché ne dit pas

Sur le marché luxembourgeois, plusieurs acteurs se distinguent : Utmost-Lombard, Vitis Life, La Mondiale, La Baloise et Wealins. Dans ma pratique, je travaille principalement avec OneLife (groupe Apicil) et Utmost Luxembourg (Oaktree Capital), qui sont solides financièrement, réactifs et qui présentent des conditions tarifaires compétitives.

Les niveaux de solvabilité sont solides chez tous. Utmost-Lombard affiche des encours sous gestion supérieurs à 100 milliards d'euros, ce qui en fait l'acteur de référence sur le marché. Les différences qui comptent vraiment dans le quotidien d'un conseil : la réactivité des équipes, la flexibilité commerciale, et le couplage avec la banque dépositaire.

Sur ce dernier point, j'ai développé une préférence nette pour les contrats adossés à Swissquote, Indosuez et Quintet comme banque dépositaire – pour la tarification, la qualité de reporting, la réactivité des équipes dédiées aux conseillers indépendants, et la capacité à exécuter des opérations complexes, en cohérence avec une gestion active et documentée.

Pour donner un ordre de grandeur concret sur les frais (pour un investissement compris entre 500000 et 1000000€):

  • Frais de contrat : entre 0,35% et 0,55% selon l'assureur

  • Frais de banque dépositaire : 0,06% à 0,07% en moyenne

  • Frais de conseil (Monsieur Capital) : 0,50% à 0,80% (selon les encours confiés), zéro rétrocession, zéro frais cachés

  • Total tout compris : autour de 0,91% à 1,40% par an, selon l'assureur

À comparer avec une assurance-vie française distribuée via un réseau bancaire, où les frais de gestion du contrat (0,50% à 0,80%), les frais des OPCVM avec rétrocessions (souvent 1,50% à 2,50%) et les frais de gestion pilotée (entre 0,50% et 1%) s'empilent et où la transparence n'est pas toujours au rendez-vous.

Pierre Maynial – Monsieur Capital 

Les limites de l’assurance-vie luxembourgeoise

En dépit de leurs avantages, les contrats luxembourgeois s’accompagnent de certaines contraintes qu’il convient de rappeler:

  • À l’exception de La Mondiale, les assureurs luxembourgeois ne proposent pas de fonds euro à capital garanti. Leurs contrats sont donc intégralement en unités de comptes. Ce point est rarement problématique pour les investisseurs présentant une certaine tolérance au risque et s’inscrivant dans le temps long, mais cette contrainte doit être intégrée dans la construction de l'allocation. Pour les épargnants plus averses au risque de perte en capital, le fonds en euros d'un bon contrat français garde tout son intérêt.

  • Les processus des assureurs luxembourgeois sont lourds. Les dossiers d'ouverture nécessitent une documentation KYC renforcée — identité, justificatif de domicile, origine des fonds et parfois des documents complémentaires sur la structure patrimoniale. Les délais de traitement des opérations sont plus longs qu’en France.

  • Enfin, à 250000€, le ticket d'entrée n’est pas à la portée de tous. Ce n'est pas une enveloppe pour commencer à épargner mais plutôt un outil pour structurer un patrimoine déjà constitué.

Pour qui, concrètement ?

L'assurance-vie luxembourgeoise est la bonne réponse dans les situations suivantes :

Un patrimoine financier supérieur à 500000€, avec la capacité d'investir au moins 250000€ dans une seule enveloppe. Un horizon de placement long – 8 ans minimum, idéalement 10 ans ou plus – avec un profil équilibré à dynamique. Une volonté de construire une allocation réellement sur mesure, avec accès à des ETF institutionnels, des OPCVM en clean shares et potentiellement une poche private equity. Une sensibilité au risque réglementaire français, ou une mobilité internationale envisagée. Et enfin, un souhait de transmettre un patrimoine structuré dans un cadre solide.

Elle ne se substitue pas systématiquement à l'assurance-vie française ; les deux peuvent coexister dans une même stratégie, avec des rôles distincts : contrat luxembourgeois pour la partie long terme et dynamique du patrimoine, contrat français pour la poche plus sécurisée.

Cet article est rédigé à titre informatif. Il ne constitue pas un conseil en investissement. Chaque situation patrimoniale est unique – les orientations présentées ici sont générales et doivent être appréciées au regard de votre profil, votre horizon et votre fiscalité.

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