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Bonjour,

De l’audace, Kevin Warsh n’en a pas manqué en annonçant mercredi une hausse des taux directeurs de la Fed, tenant tête à Donald Trump quatre mois seulement après sa nomination. Il faut dire qu’avec une inflation à 3,4 %, un taux de chômage de seulement 4,1 % et des entreprises de la tech qui rivalisent avec l’État fédéral pour emprunter comme si demain n’existait pas, les signes de surchauffe sont réels. À cet égard, la décision de la Fed se comprend mieux que celle de la BCE.

Donald Trump continue néanmoins à soutenir que son pays mérite des taux plus bas car l’économie y est florissante. Il n’a visiblement pas compris la distinction entre taux directeurs et taux des emprunts d’État, ni d’ailleurs la fonction d’une politique monétaire.

Restons aux États-Unis, où les élections de mi-mandat approchent. Les bookmakers attachent une probabilité de 70 % à ce que la Chambre des représentants – chambre basse équivalente à notre Assemblée nationale – bascule en faveur du parti démocrate. C’est un gain de 10 points sur les deux derniers mois. Le jeu sera plus serré au Sénat, où les démocrates ne sont donnés gagnants que d’une courte tête (52 %).

Si rien n’est encore joué, Donald Trump pourrait, au soir du 3 novembre, n’être plus qu’un président sans mains. Mais l’on peut compter sur lui pour se débattre jusqu’au bout, et par tous les moyens. Le 10 septembre, à la tribune d’une convention du parti républicain, il promettait, en cas de victoire de son camp dans les deux chambres, le versement d’un « Trump dividend » de 5 000 $ à chaque citoyen américain majeur. Décomplexion totale dans le dévoiement du principe démocratique. Mais le « rasons gratis » qui tient lieu de politique économique, en France, depuis cinquante ans, vaut-il beaucoup mieux ?

C’est une autre forme d’audace que celle de Sébastien Lecornu livrant au Figaro une interview dans laquelle il assure le teasing d’un budget 2027 qui ne sera pas dévoilé avant le 30 septembre, date de son passage en Conseil des ministres. Que peut-on en retenir ?

  • 54 Md€ d’efforts budgétaires annoncés. Mais l’on connaît les libertés prises ces dernières années dans cet exercice de communication. Le point de référence utilisé sera celui d’un niveau de dépenses imaginaire (« contre-factuel ») gonflé par avance de l’hypothèse d’inflation et de croissance du PIB, plutôt que celui réellement observé en 2026. Autrement dit, il y aura peu de véritables économies dans ces 56 Md€.

  • Côté fiscalité, le premier ministre nous promet une stabilité d’ensemble (avant, bien sûr, la foire aux nouveaux impôts qui se tiendra comme chaque année à l’Assemblée nationale), sans s’interdire de supprimer certaines niches fiscales jugées inefficaces. À suivre, le diable se cachant souvent dans les détails.

  • Ce budget permettrait de « ramener » le déficit public à environ 5 % du PIB. La France enchaînerait ainsi une cinquième année consécutive de déficit oscillant entre 5 et 6 % du PIB, en l’absence de crise majeure et alors que la pression fiscale y est l’une des plus élevées de l’OCDE.

L’examen du Projet de Loi de Finances par l’Assemblée nationale et le Sénat ne présentera d’intérêt que par la façon dont il éclairera les programmes économiques des aspirants à la Présidence. Mais au-delà du concours de postures, aucun parti d’opposition ne se risquera à apporter ses voix à ce budget à quelques semaines de l’échéance présidentielle. Sébastien Lecornu devra recourir, comme l’an dernier, à l’article 49.3. À partir de là, il est possible d’imaginer un scénario de non-censure, chacun surjouant son sens des responsabilités, mais aussi un scénario de censure qui ouvrirait la porte à un budget reconduit a minima (« loi spéciale ») et un chaos politique pour les derniers mois du quinquennat.

Audacieuse enfin, mais façon suicide politique, la proposition de Gabriel Attal de constituer des États-Unis d’Europe dont un président élu au suffrage universel assurerait la fusion progressive des économies nationales ! La lumière des projecteurs rend-elle donc aveugle à l’humeur de ses concitoyens ? Sur le fond, c’était à la création de l’euro qu’il fallait s’inquiéter de coordination économique avec nos principaux partenaires. Vingt cinq ans plus tard, les tensions au sein de la société française à leur paroxysme, notre compétitivité et nos finances publiques parties au caniveau, un tel projet paraît totalement illusoire. Au demeurant, quels partenaires prendraient le risque, aujourd’hui, d’importer le mal français ?

Comme chaque dimanche, vous pourrez retrouver la chronique des marchés financiers de Séverine Piot-Deval.

En vous souhaitant une bonne semaine.

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