Bonjour,
La crise obligataire se poursuit. Vendredi, le taux des emprunts d’État américains à 10 ans a touché 5,20 %, et ceux de la France 4,73 %. Il faut prendre le temps de distinguer deux phénomènes distincts.
Le premier est mondial : le prix de l’argent augmente sous l’effet de besoins de capitaux colossaux liés à l’intelligence artificielle, la transition énergétique et les budgets militaires, et ce d’autant plus que des deux côtés de l’Atlantique, les banques centrales rechignent à ressortir la planche à billets (quantitative easing).
Le second est une prime de risque spécifiquement française. Le spread France-Allemagne atteint 110 points de base, contre à peine 60 début juin. Et l’on ne peut exclure que la situation se détériore encore à l’approche des élections présidentielles. Pour mémoire, le spread Italie-Allemagne était monté jusqu’à 240 points de base en septembre 2022, lors de l’arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni, avant de refluer progressivement, à mesure que les investisseurs se sont rassurés sur l’orientation économique du nouveau gouvernement.
La France emprunte désormais à un taux supérieur de plus de 2 points à celui de l’inflation anticipée alors que son PIB est virtuellement à l’arrêt. Dès lors, chaque nouveau déficit primaire creuse la tombe arithmétique de nos finances publiques.
Il y a là, pour chaque épargnant une bonne et moins bonne nouvelle.
La bonne est qu’après de longues années de « répression financière », nous retrouvons enfin un environnement de taux réels positifs, offrant uné rémunération digne de ce nom à celui qui est prêt à immobiliser son capital.
La moins bonne est que l’État français, strictement incapable de réformer son mode de fonctionnement, viendra vous faire les poches pour financer quelques années encore son orgie de dépenses.
Et puisque l’on parle de vous faire les poches, la Cour des comptes a publié ces derniers jours une série de notes thématiques dans lesquelles elle propose notamment la mise en place d’un « impôt différentiel sur la fortune personnelle » ainsi qu’une remise à plat complète de la fiscalité de l’épargne (du livret A au Plan d’Épargne Retraite, en passant par l’assurance-vie).
Avait-on vraiment besoin qu’une institution chargée du contrôle de la gestion financière de l’État et de l’évaluation des politiques publiques décide spontanément d’alimenter l’inventivité fiscale sans limite de nos parlementaires ?
Mais ainsi en va-t-il, au niveau d’entropie bureaucratique que notre pays a atteint : chaque excroissance de l’État s’estime fondée à se mêler de tout, créer de la complexité ad libitum, asphyxier les circuits économiques, sans être jamais, au final, responsable de rien. C’est, je crois, la définition d’une tumeur.
Réformer plutôt que taxer, pour enfin sortir de l’impasse dans laquelle la France s’enferre depuis si longtemps. J’en parle presque chaque semaine dans cette lettre. Mon ami Olivier Klein y consacre, plus brillamment que je ne saurais le faire, un article approfondi :
« L’intelligence artificielle annihilera l’humanité d’ici 10 ans ». Je n’ai initialement guère prêté attention à ces articles aux titres sensationnalistes. Jusqu’à ce que deux informations éveillent ma curiosité.
D’abord, le point de départ de ces articles. Un message publié sur X par Jacob Coxon, chercheur démissionnaire d’Anthropic, spécialisé sur le pré-entrainement des modèles :
The people building AI earnestly believe that it could kill us all by the end of the decade. This is not a marketing stunt. If anything, many executives and senior researchers will couch their phrasing in the press to sound sensible - but I hear the same people express fear privately. No other human activity poses this level of danger.
Il est toujours prudent de respecter celui qui vote avec ses pieds.
Ensuite, la publication dans la revue Science, dans le courant du mois d’août, d’un article d’une équipe de biologistes de Stanford révélant comment un modèle d’intelligence artificielle en accès libre (open source) a permis de concevoir ex nihilo 16 virus bactériophages capables de venir à bout, ensemble et in vitro, d’une souche de bactéries E.coli résistante aux antibiotiques. Il est certes précisé que le modèle en question n’a pas été entraîné pour concevoir des virus susceptibles d’infecter le corps humain, dont le génome devrait être plus complexe encore. Cette expérience donne néanmoins un parfum de réalité à des scenarios de bioterrorisme qui relevaient jusque-là du domaine de la science fiction (revoir l’Armée des douze singes de Terry Gilliam).
La théorie des jeux nous assure que nul ne stoppera le progrès technologique en cours. Les dilemmes soulevés rappellent d’ailleurs ceux liés au développement et à l’usage de la puissance nucléaire, au sortir de la seconde guerre mondiale. Mais le monde de 2026 est infiniment moins structuré que ne l’était celui de 1945, si bien qu’il est difficile d’imaginer l’équivalent d’un accord de non-prolifération des modèles les plus dangereux.
Je n’ai sur ce sujet que le vernis de ma curiosité. Si vous souhaitez mieux l’appréhender, je vous recommande cette interview de Nick Bostrom, professeur à Oxford qui n’a pas attendu ChatGPT pour s’intéresser à ces intelligences de synthèse (« How long before superintelligence », 1998). Un entretien riche en nuances animé par l’excellent Freddie Sayers. For your eyes only :
Last but not least, ne manquez pas la chronique hebdomadaire des marchés par Séverine Piot-Deval.
En vous souhaitant un excellent dimanche.
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