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La fin des illusions

Bonjour,
Les images qui nous reviennent de la délégation de chefs d’États européens écoutant Donald Trump dans le bureau ovale sont cruelles. Au-delà d’une symbolique catastrophique, quelques réflexions :
Rien ne justifie la présence d’Ursula von der Leyen à Washington. Rappelons que les décisions en matière de diplomatie et de défense relèvent du Conseil européen, composé des chefs d’États de l’Union. Le rôle de la Commission se limite théoriquement à promouvoir l’émergence de programmes industriels communs, une mission qui mériterait le moins possible de déplacements outre-Atlantique. Mais qu’importe les traités, chaque crise - sanitaire ou diplomatique - est l’occasion pour Mme von der Leyen de poursuivre un objectif personnel de présidentialisation, sous le silence bienveillant de l’Allemagne comme de la France. Mission creep, disent nos amis anglo-saxons. Glissement de la mission, me propose le chat de Mistral…
Tout ce petit monde n’avait qu’un seul message pour Donald Trump : pas de paix durable sans garanties de sécurité pour l’Ukraine amputée. Mais qu’est-ce, au juste, qu’une garantie de sécurité ?
La réponse de Donald Trump est on ne peut plus prosaïque : vous commencerez par commander pour 100 Md$ d‘armes américaines à 110 % du prix catalogue, réglés par l’U.E. (l’Ukraine étant en situation de défaut), en échange d’un soutien logistique aérien américain dont les contours restent à définir. Business is business.
La Russie, par la voix de Sergueï Lavrov, a immédiatement indiqué que, sans sa participation, toute discussion quant aux garanties de sécurité était futile. Mais quand bien même le conflit se poursuivrait, le marqueur posé par Trump quant à la prise en charge de son coût financier par l’U.E. demeurera.
Ainsi, alors que l’administration Trump admet ouvertement que le conflit en Ukraine est une proxy war activement encouragée par les États-Unis depuis 2014, l’U.E, non contente d’avoir déjà financé cette aventure à hauteur de 180 Md$ au profit de l’industrie de la défense américaine et d’avoir triplé le coût de notre approvisionnement en gaz, se verra présenter l’intégralité de l’addition finale, l’Ukraine ayant elle-même payé le prix du sang. Adding insult to injury. Et toute cette délégation d’opiner du bonnet…
L’intérêt européen, dans cette affaire, était indubitablement celui de la pacification. Mais faute d’alignement stratégique de ses pays membres et de capacité réelle de dissuasion, l’Europe sera restée passive. Elle n’aura pas même su mettre à profit ce conflit subi pour renforcer son autonomie industrielle en matière de défense. La position pacificatrice d’Emmanuel Macron, millésime 2021-2022, était louable et, maintenue dans la durée, aurait dû permettre de jouer un rôle dans le dénouement de cette guerre par procuration. Mais un propos devenu au fil du temps excessivement martial, surlignant compulsivement l’existence des capacités nucléaires militaires françaises, l’aura finalement sorti du jeu.
L’intégration dans l’U.E. d’une Ukraine amputée, annoncée avec enthousiasme par Ursula von der Leyen, serait une triple catastrophe : 1/ elle irait à l’encontre de tout espoir de pacification des relations économiques U.E-Russie et encouragerait la propagation de futurs conflits, 2/ elle poursuivrait la dilution du pouvoir des pays fondateurs au sein de l’U.E. et, plus largement, la perte de sens du projet de construction européenne, 3/ enfin, elle serait un coup terrible porté à ce qu’il reste d’agriculture et d’industrie en Europe occidentale.